Et qui avoue est coupable. Mais humilié, brisé, rien n'empêche de l'absoudre.
Plus d'innocent, tous coupables. Plus de justice, un combat. Que veut-on? La victoire, le brisement de l'âme humaine.
Le premier qui eût dû être amené à ce tribunal, c'était, sans nul doute, Henri VIII. Il fallait seulement trouver un huissier, un sbire assez fort pour mettre la main sur lui.
Le pape avait un roi tout prêt, le jeune Pole, cousin d'Henri VIII. Sorti de la branche d'York et de la Rose rouge, il pouvait recommencer la guerre du XVe siècle et noyer l'Angleterre de sang. Pole avait été élevé par Henri, comblé de ses dons. Mais la femme d'Henri, Catherine, avait nourri dans le cœur du jeune homme, inquiet et ambitieux, l'espoir d'épouser Marie, héritière de l'Angleterre. Au moment où le pape condamna Henri, Pole, qui était en Italie, éclata par un libelle contre son maître et bienfaiteur. Coup terrible. Henri, qui rejetait le pape sans admettre le protestantisme, qui persécutait à la fois les catholiques et les protestants, chancelait fort. Tout son appui, en cas d'invasion, eût été une armée allemande qu'il eût acheté.
Le roi de France eût pu seul exécuter la sentence. C'est à quoi poussaient vivement (dans l'année 1534) le pape et Charles-Quint. Le plus jeune fils du roi aurait épousé Marie, qui eût dépossédé son père. Pole, devenu cardinal, fut mis par le pape à Liége, pour correspondre de près avec les insurgés d'Angleterre, pendant que l'Empereur soulevait l'Irlande.
François Ier, sollicité, répondait que le roi d'Angleterre était son ami. À quoi l'Empereur réplique (dans les dépêches de Granvelle) qu'il ne s'agit aucunement de faire mal à Henri; au contraire, on veut le sauver, l'empêcher de se perdre d'honneur et de conscience. Il eût été sauvé dans un monastère, déposé et tondu.
Les mêmes dépêches témoignent que Montmorency, flatté, mené par Charles-Quint, donnait en plein dans ce projet, et n'en dégoûtait nullement le roi. Était-ce pourtant sérieux? Était-il sûr que l'Empereur tînt tellement à faire roi d'Angleterre un prince français? Il eût voulu à la fois et détrôner Henri VIII et perdre François Ier dans l'esprit des protestants d'Allemagne, de sorte qu'isolé, faible, il ne fût plus rien autre chose qu'un lieutenant de l'Empereur.
Le roi était peu tenté. Il n'avait qu'une passion: c'était Milan et la réparation de l'affront de Maravilla. Loin de l'apaiser, Charles-Quint, dans sa conduite inconséquente, fit encore arrêter un homme qu'il envoyait à Soliman.
Le pape travaillait en vain à les rapprocher. Comme deux lutteurs acharnés, ils se tâtaient pour mieux se frapper. Le roi avait fait la démarche cruelle et désespérée d'appeler en Corse, en Sicile, en Italie, non pas Soliman, mais le pirate Barberousse, bey d'Alger et de Tunis, à qui le sultan donna le titre de son amiral. Tout l'aspect des côtes changea. Un tremblement effroyable saisit les pauvres habitants quand, à chaque instant, l'on vit les pirates, marchands d'esclaves, descendre inopinément et tomber comme des vautours. Jusque dans l'intérieur des terres, l'homme en s'éveillant le matin voyait le turban, les armes, les visages d'Afrique. En un moment, s'il n'était pris, il avait perdu sa famille; sa femme, sa fille, ses enfants, étaient enlevés dans les barques, en poussant d'horribles cris. Parfois les marchands avaient commission d'un pacha, d'un bey, d'un puissant renégat, de lui procurer telle femme. La fille d'un gouverneur espagnol fut ravie ainsi. La Giulia, sœur de la divine Jeanne d'Aragon, qui est au Louvre, beauté célèbre jusque dans l'Orient, faillit être enlevée; elle ne se sauva qu'en chemise, elle sauta sur un cheval qu'un cavalier lui céda. On prétend qu'en reconnaissance elle le fit assassiner pour qu'il ne pût se vanter du bonheur de l'avoir vue.
La chose la plus populaire que pût jamais faire l'Empereur, celle qui devait le mettre en bénédiction, c'était d'exterminer les pirates, de détruire Tunis et Alger. Venise elle-même, amie des Turcs, était cruellement inquiète des progrès de Barberousse. Charles-Quint avait tous les vœux pour lui. Nulle expédition plus brillante, plus populaire, plus bénie. L'armée espagnole, allemande, italienne, avec force volontaires de toutes nations, défit l'armée africaine que Soliman avait laissée à ses propres forces, prit la Goulette et Tunis (25 juillet 1535). Le massacre fut immense; on y tua trente mille musulmans. Vingt mille chrétiens délivrés portèrent leur reconnaissance dans toute l'Europe et la gloire de Charles-Quint.