Gloire, puissance, force réelle. Il avait mis un roi vassal à Tunis. De là il menaçait Alger, dominait la côte d'Afrique. Il avait conquis les cœurs des Italiens mêmes, écrasés par lui. Venise se détachait du sultan et rangeait son pavillon soumis près du victorieux drapeau du dompteur des Barbaresques.

Charles-Quint, débarqué (septembre) en Italie, au milieu des applaudissements de l'Europe, était en mesure de parler de très-haut à François Ier. Il n'exige plus, comme à Cambrai, qu'il abandonne ses alliés, mais qu'il combatte contre eux.

Il veut bien l'amuser encore de la promesse de Milan. François Sforza meurt en octobre. L'Empereur fait espérer Milan comme dot de sa fille, qu'eût épousée le plus jeune fils du roi. Tous deux arment cependant. L'Empereur lève des lansquenets. Le roi négocie pour avoir des Suisses, achève l'organisation des légions de gens de pied qu'il forme à la romaine.

Du jour où il avait reçu l'affront de Maravilla, il avait voulu la guerre. Mais il ne trouva d'argent qu'en frappant l'impôt le plus odieux aux Français, la taxe des vins, avec les vexations infinies des visites de commis et la tyrannie fiscale qu'on appelle l'exercice. Il y eut bientôt révolte.

Quant aux hommes, il avait peu à compter sur la noblesse. Elle s'était montrée favorable au connétable. Elle avait refusé, en 1527, de contribuer à la rançon du roi. Elle faisait négligemment le service militaire. En février 1534, le roi lui impose quatre revues annuelles, exige que les gens d'armes portent la complète armure défensive, quel qu'en soit le poids. En juillet 1534, il organise l'infanterie, sept légions, chacune de six mille hommes. Des quarante-deux mille, trente mille sont armés de piques et douze mille d'arquebuses. Ils sont payés en temps de guerre, bien payés, à cent sous par mois. Ce seront des hommes effectifs; on ne comptera pas les valets, comme on faisait trop souvent; «s'il s'en trouve, ils sont étranglés.»

La chose fut populaire. En paix, ils étaient exempts de taille. S'ils se distinguaient, ils pouvaient être anoblis.

Leur première épreuve fut rude, celle d'une guerre de Savoie en plein hiver, et le passage des monts. Le roi, instruit par son péril, par la grandeur croissante de son ennemi, avait eu tardivement cette lueur de bon sens, de voir que la vraie conquête italienne, avant Milan et le reste, c'étaient les Alpes et le Piémont. Le duc de Savoie, qui jadis avait secouru Bourbon, qui était Espagnol de cœur, offrait à Charles-Quint de lui céder ses États en échange d'États italiens. L'Empereur, qui déjà avait la Comté, allait avoir en outre la Savoie et la Bresse, nous enveloppait et plongeait chez nous jusqu'à Lyon.

On le prévint. François Ier secourut contre lui Genève, qui mit son évêque à la porte, se fit protestante, appuyée sur Berne, qui conquit sur le Savoyard le pays de Vaud. Le roi alors, voyant bien que Charles-Quint l'amusait, en février, saisit la Savoie et entre en Piémont.

Il en advint comme à Ravenne. La première fois que nos Français, hier paysans, aujourd'hui soldats, se virent devant l'ennemi, ils furent pris du démon des batailles, et on ne put plus les tenir. Il y avait devant eux un gros torrent, la Grande-Doire. Ils s'y jettent, et, malgré la roideur du fil de ces eaux rapides, ils ne perdent pas leur rang. Nos Allemands n'en font pas moins. Ils se lancent et passent de front. L'ennemi ne les attend pas. Les nôtres, sans cavalerie, suivent de près. À Verceil, la rivière arrête encore. Un homme de bonne volonté sort d'une de nos légions, se jette à l'eau, et, sous la grêle des balles, prend un bateau du côté de l'ennemi, le ramène. On passe. Le Piémont est conquis.

On respecta le Milanais. Néanmoins l'Empereur, à Rome, éclata avec une violence politique et calculée. Le 5 avril, ayant fait ses dévotions à Saint-Pierre en costume solennel, rentrant chez le pape au milieu d'une grande assemblée de princes allemands, italiens, de cardinaux, d'ambassadeurs, on le vit, non sans étonnement, commencer une harangue. Il paraît qu'elle était écrite, au moins en partie; de temps en temps il baissait la tête pour lire une note roulée autour de son doigt. C'était un plaidoyer en règle, complet, contre François Ier. En résumé, il lui offrait trois partis, la paix avec Milan pour son troisième fils, la guerre, ou enfin qu'ils vidassent leur différend, de personne à personne, comme avaient fait d'anciens rois, le roi David, etc. S'il y avait difficulté, ils pouvaient se battre dans une île, dans un bateau ou sur un pont, à l'épée et au poignard, en chemise; tout serait bon. Le vaincu serait tenu de fournir toutes ses forces à notre Saint-Père le pape contre le Turc et l'hérésie. Pour gage et prix du combat, lui, il déposerait Milan, et François Ier la Bourgogne.