Granvelle excusa la chose aux Français, disant n'en avoir rien su. Mensonge. Un acte si grave n'était pas certainement un coup de tête personnel. C'était une chose politique, délibérée mûrement, une mine habilement chargée et dont l'explosion fut immense. Le discours, traduit (d'avance sans doute) en toute langue, courut l'Europe, l'Allemagne surtout. Les insultes continuelles faites impunément à nos envoyés mettaient déjà le roi très-bas. Mais ce solennel outrage, ce soufflet officiel, donné dans Rome, au Vatican, devant tous les ambassadeurs qui représentaient la chrétienté, montrèrent l'ami de Barberousse, le renégat, l'apostat, l'homme perdu et désespéré, comme le faquin en chemise, qui, traîné dans un tombereau, figure, torche en main, au Parvis.

Des bruits étranges circulèrent. À grand'peine, les marchands allemands qui allèrent de Lyon aux foires de Strasbourg, détrompèrent lentement leurs compatriotes. Quand Du Bellay, envoyé par le roi, arriva en Allemagne, il fut obligé de se cacher.

L'Empereur avait là un moment admirable contre le roi, une force énorme d'opinion, ajoutez une immense force matérielle, la plus grande qu'il eût eu jamais.

On pouvait voir la vanité des deux systèmes sur lesquels on se reposait: le vieux système des alliances de famille et de mariages, le nouveau système des alliances politiques ou système d'équilibre. Cet équilibre naissant, qu'était-il déjà devenu? Henri VIII ne pouvait bouger. Le Turc n'agissait que lentement. L'Allemagne protestante boudait le roi. Le seul service qu'elle lui rendit, ce fut de débaucher des lansquenets que Ferdinand envoyait.

François Ier était seul, et Charles-Quint avançait avec sa victoire et l'Europe.

Il se croyait tellement sûr de son fait, qu'il dit, comme on lui parlait des Français: «Si je n'avais mieux que cela, dit-il, à la place du roi, je commencerais par me rendre, mains jointes et la corde au cou.»

On ne pouvait se défendre en Piémont, on le pouvait en Provence, laisser l'ennemi se consumer et mourir de faim.

Pour cela, il fallait une chose, celle qu'en 1812 on fit à Moscou, brûler, détruire; mais ici une ville n'était pas assez; il fallait brûler un pays.

Quel homme serait assez dur pour faire cette barbare et nécessaire exécution? Montmorency s'en chargea, et il l'aggrava par la dureté de son caractère, par son indécision et son imprévoyance.

Les pauvres cultivateurs, qui avaient ordre d'évacuer, croyaient au moins qu'on sauverait les grandes villes, et ils y concentraient leurs biens. Mais peu à peu on abandonnait tout et l'on détruisait tout. Aix même fut ainsi condamnée, après qu'on eut commencé à la fortifier. Tout fut brûlé, jeté, détruit, spectacle lamentable, dit Du Bellay lui-même, endurci cependant à ces affreuses guerres.