L'espoir des Guises, le prix de leurs exploits, devait être l'intime alliance de toute-puissante Diane, astre futur du prochain règne. Ils comptaient à la paix épouser une de ses filles, et serrer le lien d'intrigue qui devait tenir Henri II.
L'affaire du Nord était très-importante. Dans l'attaque du Luxembourg, on agissait avec les restes du parti des La Mark, étouffé, non écrasé, par l'Empereur. On donnait la main au duc de Clèves, qui lâchait dans les Pays-Bas une masse sauvage d'aventuriers allemands qui se souvenaient du sac de Rome et comptaient sur le sac d'Anvers.
Le succès fut facile au Luxembourg, mais non soutenu. Au lieu de pousser aux Pays-Bas, d'appuyer Clèves, le jeune prince regardait au midi. Il apprenait que le Dauphin, son frère, outre l'armée d'Espagne, s'adjoignait l'armée d'Italie. Il eut peur d'une victoire d'Henri, revint. François Ier ne s'effrayait pas moins. Il avait écrit au Dauphin de ne pas donner bataille sans lui. Pendant qu'il avance à petites journées, la saison passe. Perpignan, qu'on assiége, résiste. La campagne est manquée, perdue au midi, vaine au nord.
Avec ce grand effort de cinq armées, on n'avait pas entamé l'Empereur. À lui maintenant d'attaquer à son tour. Et il allait le faire avec un énorme avantage, s'étant rallié Henri VIII, à qui il offrait la France même, ne se réservant que la Picardie.
Nous recueillîmes le fruit de la sottise avec laquelle nous avions constamment irrité Henri. Nous avions marié à son capital ennemi, le roi d'Écosse, la sœur de François de Guise, mère de Marie Stuart, mère féconde des maux de l'Europe. Le tout-puissant cardinal de Lorraine, et la protectrice des Guises, Diane de Poitiers, firent faire ce mariage royal à une fille cadette des cadets de Lorraine, bientôt veuve et régente pour la romanesque Marie, dont le fatal berceau fut une boîte de Pandore.
L'Empereur, déjà sûr d'Henri VIII, s'assure des luthériens. Il laisse là les questions religieuses, et les somme, au nom de l'Empire, au nom de la patrie allemande, de le suivre contre les Turcs et les Français. Soliman est aux portes sur la frontière d'Autriche. Barberousse et sa grande flotte tiennent la mer avec les Français.
La France catholique, gouvernée par deux cardinaux, la France, cruelle pour les chrétiens, suivait le drapeau musulman, le drapeau des pirates et des marchands d'esclaves. Le jeune duc d'Enghien, uni à Barberousse, assiégea Nice. En vain. Les Algériens se dédommagèrent par les pillages et les enlèvements. Mis par nous dans Toulon, ils firent en Provence même leur récolte de filles et leur provision de forçats. L'année suivante, ravage encore plus grand; six mille esclaves enlevés en Toscane, huit mille au royaume de Naples, spécialement un choix de deux cents vierges prises dans les couvents d'Italie pour la part du sultan.
L'horreur de l'Allemagne pour nous perd le duc de Clèves. Elle l'abandonne; il est écrasé pour toujours. Coup fatal à la France. Ce petit prince était sa meilleure force, comme son recruteur allemand, le noyau militaire de toutes les résistances de la basse Allemagne.
Qui empêchait l'Empereur de pénétrer en France? Les Vénitiens, qui suivaient l'armée impériale, remarquent: que les grands généraux des temps de Pavie sont morts, et que l'Empereur n'a plus que le duc d'Albe, médiocre, ignorant. (Lor. Contarini.)
Charles-Quint, dirigé par des conseillers italiens, ordonne tout lui-même, autant que peut le faire un homme appesanti déjà, maladif, grand mangeur, qui se lève fort tard et tous les jours entend deux messes. (Navagero.) L'armée de ce malade était à son image, lente et lourde, chargée de bagages infinis, qui se développaient sur une longue file, séparaient, isolaient les troupes, empêchaient l'avant-garde de toucher le corps de bataille. Il eût suffi d'une petite bande leste et hardie pour le couper cent fois.