François Ier varie de même: avant l'abcès, après l'abcès. Avant, l'alliance des Turcs, etc.; après, l'élévation des Guises et le massacre des Vaudois, par lesquels finira son règne.
Le meurtre de Rincon, comme celui de Merveille en 1534, étaient de ces choses qui pouvaient réveiller le roi.
Deux événements l'engageaient à agir. Ferdinand, battu par les Turcs, les vit prendre possession de toute la Hongrie; et Charles-Quint, qui, pour couvrir ce revers dans l'opinion, avait improvisé une expédition contre Alger, y éprouva un désastre effroyable, repoussé par les Maures, battu, brisé par les tempêtes. Le 3 décembre 1541, il rentre tout seul à Carthagène.
La jeune cour de France, divisée entre les deux princes, Henri de vingt-trois ans, Charles de vingt et un, ne manque pas de crier que c'est fait de l'Empereur, qu'il faut tomber sur lui, l'achever. Une arène s'ouvre où veulent briller les deux partis. Les prêtres même y ont leur compte. Le cardinal de Lorraine y voit l'avancement des Guises. Le cardinal de Tournon obtient qu'on constate que la guerre n'est pas luthérienne. Enjoint aux Parlements de poursuivre les suspects, aux curés d'exciter les dénonciations.
L'appel fut entendu; la police passa aux curés; les listes de communiants aux grandes fêtes, sévèrement examinées, devinrent celles de la vie et de la mort; on eut peu à chercher: la plupart des martyrs se désignaient eux-mêmes.
Donc, c'est la France catholique contre la catholique Espagne. La France seule en Europe, et n'ayant plus l'appui du parti anticatholique. Elle ne peut plus même faire de levées en Allemagne. Elle va chercher des soldats jusqu'en Danemark et en Suède.
Quoi donc? Il n'y a plus d'hommes en France? Non, on ne veut plus de Français. «Élevés de la servitude au noble métier des armes, ils sont trop indociles. Les nobles se sont plaints, disant au roi: Les vilains vont se faire gentilshommes et les gentilshommes vilains. Donc, on néglige les légionnaires; on revient aux mercenaires suisses.» (Fr. Giustiniani, Rel. Ven. S. I., vol. I., 212, Ann. 1538.)
Sur les cinq armées de la France, dans cette dernière guerre, et dans les plus périlleuses extrémités, on hasarda à peine d'avoir douze ou quinze mille de ces dangereux soldats roturiers. Du Bellay les relève fort, et dit qu'ils n'avaient pas leurs pareils aux assauts.
Il fait grand cas aussi des soldats italiens, disant, en trois passages, que «c'étaient les plus aguerris.» La France n'en profite guère. Elle repousse, en 1542, l'effort suprême de l'émigration italienne, qui, sous Du Bellay et Strozzi, lui avait préparé une armée de douze mille hommes.
Rien désormais hors du cercle des Guises. Claude de Guise, avec le cadet des deux princes, Charles d'Orléans, a l'armée du Nord, qui envahit le Luxembourg. Le fils de Claude, François (qui sera le grand Guise), candidat secret du parti, sans titre encore, a l'armée du Midi, sous le Dauphin, et envahit le Roussillon.