Ce fut un chant vrai, libre, pur, un chant du fond du cœur, le chant de ceux qui pleurent et qui sont consolés, la joie divine parmi les larmes de la terre, un aperçu du ciel... Dans un jour de malheur et d'imminent malheur où le ciel se cernait de noir, je vis un point d'azur qui luttait, grandissait, contre les nuées sombres, azur d'acier, sévère et sérieux, où le soleil ne riait pas.
N'importe, je m'y rattachai, je le suivais des yeux.
Mon cœur chanta, et j'étais relevé.
Voilà la vraie Renaissance. Elle est trouvée. C'est la Renaissance du cœur.
Grande ère où sonne une heure du monde! La nouvelle heure peut dire:
«Je n'ai rien de l'heure écoulée. Le passé, c'est l'âge muet, et qui ne put chanter, âge sombre qui dut manger son cœur dans la nuit du silence. Moi, je suis l'âge harmonieux qui, par le libre chant, verse son cœur à la lumière, l'épanouit, l'agrandit et le crée.»
«Je sens mille cœurs en moi,» dit quelque part un héros de Shakespeare. Mais qui a droit de dire ceci, sinon l'âge moderne, à partir de Luther? Oui, je sens ces mille cœurs, et je les fais sans cesse, je me les crée et les engendre, et les multiplie par le chant.
Le besoin de créer, de se faire et de faire son Dieu, n'a pas manqué au Moyen âge. Et cet effort a apparu dans le dessin et dans les arts d'imitation.
Du jour où Giotto, Van Eyck, délivrèrent les saintes images de la fixité byzantine, chacun voulut son Dieu à soi, et tourmenta le peintre et le graveur. On l'emportait dans son sein, dans sa robe, ce Dieu, on s'en allait riche de son rêve. Et le lendemain on disait:
«Ceci n'est pas mon rêve encore.»