Ses ennemis le lui reprochent; ils disent en dérision: «Il allait par toute l'Allemagne, nouvel Orphée, menant les bêtes.»

Cet homme était si fort, qu'il eût fait chanter la mort même.

L'Allemagne, déchirée, mutilée, sciée, comme Isaïe, l'Allemagne se mit à chanter.

La misérable France, écrasée sous la meule, où elle ne rendait que du sang, chante aussi comme l'Allemagne.

Le poète ouvrier Hans Sachs salue ce puissant «rossignol, dont le chant emplit la chrétienté.» Albert Dürer, consolé, fait cent œuvres joyeuses qui expient Melancolia: le petit saint Christophe, plein d'amour, emportant son Dieu; le ferme et fier saint Paul, qui lit, appuyé sur l'épée, la grande épée biblique, enfoncée dans la terre; saint Marc écoute, frissonne de terreur et de joie, montrant ses blanches dents; saint Pierre, avec ses clefs, vaincu, baisse la tête et n'est plus qu'un portier.

Voilà les jeux et les chansons, le Noël de la Renaissance.

Pour lui, qui a changé le monde, le grand Luther, ne réclame rien que son titre de noblesse: chanteur et mendiant.

«Que personne ne s'avise de mépriser devant moi les pauvres compagnons qui vont chantant et disant de porte en porte: Panem propter Deum! Vous savez comme dit le psaume: «Les princes et les rois ont chanté...» Et moi aussi, j'ai été un pauvre mendiant. J'ai reçu du pain aux portes des maisons, particulièrement à Eisenach, dans ma chère ville.»

CHAPITRE VI

—SUITE—
LUTHER
1517-1523