Luther a eu le succès inouï de changer ce qui ne change pas: la famille.
C'est la révolution la plus profonde, la plus victorieuse qui fut jamais. Celle-ci atteignit toutes les habitudes, tout le système de la vie, le fond du fond de l'existence.
Nous ajournons les autres faces de la révolution protestante. Elles ressortiront assez de ce livre. Un mot seulement ici sur le côté moral:
Sans vouloir toucher au christianisme (au contraire, en faisant effort pour le replacer sur le dogme qui en est l'essence), Luther l'a transformé. Employons le langage de l'art qu'il préférait, de la musique: il n'a pas changé l'air, il a même épuré, restauré la partition, mais il l'a transposée d'une clef à l'autre, l'a complétée des parties légitimes. Et ce changement a fait, d'une mélodie maigre, d'un chant monastique et stérile, l'ouverture harmonique du grand concert des nations.
Il a transposé la religion du miracle à la nature, du fictif à la vérité.
Le miracle, c'était le célibat ecclésiastique, le mariage gouverné par un célibataire, et la famille à trois.
De son gouvernement paterne où il trônait, le prêtre est descendu à la fraternité. C'est un frère, c'est un homme, un des nôtres. Tels nous pouvons être demain.
Ainsi le mot de la Renaissance: «Revenez à la nature,» s'est accompli par l'homme qui ne voulait que rappeler le christianisme et le salut surnaturel.
Luther, fervent chrétien, a, sans le vouloir, servi l'esprit nouveau. Son cœur, profondément humain, riche et complet, a chanté les deux chants, donné en partie double le concert harmonique de la Réforme et de la Renaissance.
Quand il entra au cloître, dit-il lui-même, il n'apporta que son Virgile. Il y trouva les Psaumes. David et la Sibylle s'emparèrent du grand musicien.