La petite maison de son père était entourée d'une foule. On avait su que Luther était ressuscité, et, d'un mouvement immense, toute la terre y affluait. Tel venait pour le bénir, tel pour le maudire, pour le voir surtout. Les questions de toute sorte pleuvaient comme grêle.
Voilà un homme étonné, embarrassé, effaré.—Mais ce n'était rien encore.
Les femmes, à ce renouvellement de la légende du monde sauvé par l'amour, s'étaient partout précipitées hors des maisons, hors des couvents. Un monde de religieuses, ayant quitté le cloître vide, cherchaient le vrai temple, cette maison de l'amour de Dieu. Elles n'avaient pas réfléchi que le pauvre Martin Luther, tout apôtre ou docteur qu'il fût, était encore un jeune homme robuste, d'environ trente-six ans.
Il était extrêmement maigre, alors, avec la tête carrée, plus carrée que gracieuse, de la vraie race allemande. Ses yeux, il est vrai, étaient admirables; il y roulait constamment des éclairs joyeux et terribles, comme la foudre rit au haut des cieux.
Heureusement, il était, de nature et foncièrement, un homme du peuple et de travail, disons le mot, un ouvrier, comme son père le mineur, un bon et loyal forgeron de Dieu.
De toutes ces femmes qui arrivaient, plusieurs très-jeunes et très-belles, il ne vit qu'une seule chose: «il vit qu'elles avaient faim.»
Et le voilà écrivant de tous côtés pour des aumônes, mendiant du pain pour elles, et, par de rudes plaisanteries, tâchant de plaire à l'électeur, aux courtisans, à tous, pour pouvoir nourrir «ces pauvres vierges, malgré elles,» en attendant qu'il puisse les renvoyer à leurs parents.
C'était une foule fort mêlée. Il y avait des religieuses princesses, qui avaient profité de l'occasion pour courir le monde, fort curieuses du jeune apôtre.
Il ne voit rien de tout cela. Il ne songe qu'à leur nourriture. Il y mange son dernier sou, et celui de ses amis.
J'imagine que le pauvre homme qui, à cette même époque, demande pendant plusieurs mois un habit à l'électeur, n'ayant pas grand'chose à donner à ces pauvres échappées, et ne sachant comment changer les pierres en pain, les alimentait de ses psaumes, et, prenant son luth ou sa flûte, tout au moins nourrissait l'esprit.