CHAPITRE VII
LA COUR, LA RÉFORME, LA GUERRE IMMINENTE—LE CAMP DU DRAP D'OR
1520
Le grand éclat de Luther, sa personnalité puissante, le succès de sa résistance rayonnèrent dans toute l'Europe, et la Réforme en fut encouragée. D'elle-même, elle était née partout.
Partout, en France, en Suisse, elle fut indigène, un fruit du sol et de circonstances diverses qui pourtant donnèrent un fruit identique.
En y réfléchissant, on se l'explique sans peine. L'âme humaine, près de se lancer en avant dans l'infini de l'inconnu, regarda encore en arrière, interrogea sa voie antique, se demanda s'il ne suffisait pas de revenir aux anciens jours.
On ne revient jamais. Chaque âge passe irrévocable, et rien ne le rappellera.
De sorte qu'en s'efforçant de ne point innover, cherchant à faire du vieux, et le plus vieux possible, l'esprit humain fit le contraire. Il commença un nouveau monde.
Cet effort instinctif pour revenir au vieux système était trop naturel. La Renaissance, déplorablement ajournée, trois cents ans (Voy. notre Introduction), venait de faire, bien tard, son éruption désordonnée; elle n'apparaissait nullement harmonique. On n'y voyait que le chaos.
Qu'il y eût dans la Nature, dans l'Art (nature humanisée), des éléments religieux et les bases de la loi profonde, c'est ce qui ne venait à l'esprit de personne. Tous cherchaient le salut dans le retour au surnaturel, dans la rénovation du dogme légendaire.
Après les premiers pas dans la voie de la Renaissance, ne trouvant pas encore le salut attendu, l'homme désespéra, tendit les bras à Dieu, en disant: «J'attends tout de toi.»