Faut-il dire à quelle violence alla cet emportement? Le chancelier de France disant: «Sur tel point, je gage ma tête...» Gattinara réplique: «J'aimerais mieux celle d'un porc.» Basses injures que le Français porta en patience.

Le cardinal arbitre aimait tellement la paix, était tellement notre ami, qu'il résolut, le pauvre homme, malgré la fièvre qui le minait, d'aller trouver l'Empereur à Bruges et de faire près de lui un dernier effort. Il y eut sa dernière conférence avec Charles-Quint et la bonne tante Marguerite qui, tout en obtenant de nous la neutralité pour sa Franche-Comté, s'arrangea avec Wolsey pour frapper sur la France, embarrassée de l'invasion allemande, le coup assommant, décisif, d'une invasion anglaise.

Tout cela n'était pas tellement secret que les ministres de François Ier ne le devinassent. Ils firent sous main un emprunt, mirent une bonne et forte somme dans les mains du duc d'Albany, parent du roi d'Écosse. Il passa la mer le 30 octobre; le parlement le reconnut tuteur du jeune roi Jacques V, lui fit partager la tutelle qu'avait seule la mère de l'enfant, sœur du roi d'Angleterre. Celui-ci en poussa des cris. On répondit qu'on n'avait pu retenir un Écossais qui n'était pas sujet du roi.

Ceci le 30. Et le 22, ce vainqueur que le furieux Gattinara lançait en France au nom de Dieu, ce conquérant, ce Picrochole, Charles-Quint, s'enfuyait, ayant à peine cent chevaux. On s'était trouvé nez à nez, le roi d'un côté et Nassau de l'autre, entre Cambrai et Valenciennes. Le jeune Empereur, si près de l'ennemi, n'avait montré nulle curiosité. Il restait dans la ville. Nassau, harassé et n'en pouvant plus, avait en tête les nôtres, tout frais, et qui voulaient se battre. Le roi jugea qu'une armée de recrues devait être assez heureuse de voir fuir devant elle la vieille armée allemande de Nassau et de Seckingen.

On l'accusa, en présence de tant de ravages, de n'en avoir pas tiré vengeance. Les villages étaient en feu, tout pillé. Les affreuses guerres de Charles VI semblent recommencer. Mais le peuple recommence aussi à prendre un souffle de guerre. Il s'enhardit. Les femmes mêmes se souviennent de Jeanne d'Arc. À Ardres, une vieille prend une pique, court aux remparts, et s'en escrime si bien, que les assaillants devant elle pleuvent des murs dans le fossé.

Le peuple fait bien de se défendre, car le roi ne le défend guère. Il garde les places, c'est tout. La campagne est abandonnée.

Quels furent les sentiments du peuple dans ce terrible abandon? Pas un mot ne l'indique dans les écrivains du temps. C'est pourtant là la question que le lecteur m'adresse ici, c'est là ce qu'il veut savoir. Le peuple! que sentait le peuple?

Il suffirait, pour mettre sur la voie, de l'histoire éternelle, tirée du cœur et du bon sens. Mais une autre encore nous renseigne, l'histoire retrouvée et surprise dans les révélations indirectes que nous donnent à droite ou à gauche tel témoin fortuit, une lettre, un vers, une épitaphe, une légende postérieure qui, des temps lumineux, se reporte à l'époque obscure où nous étions dans les ténèbres.

La première lueur s'entrevoit dans le Journal du bourgeois de Paris (publié en 1854, p. 110, 120), et dans quelques lignes fort sèches de Martin du Bellay.

En janvier 1522, le roi convoqua à Paris un concile national pour réformer l'Église de France et pour obtenir les secours du clergé.