En février, il ordonna le renouvellement des francs-archers de Charles VII et de Louis XI, mais seulement au nombre de vingt-quatre mille, pour aider aux guerres et couvrir la Guienne et la Picardie. Remarquable défiance.

En ce même mois de février, le roi, allant en personne à l'Hôtel de Ville de Paris, puis à celui de Rouen, expliqua aux prévôts, échevins et notables, sa nécessité. Paris, à qui il demandait l'entretien de cinq cents hommes, voulut du temps pour y songer, espèce de refus poli où perçait visiblement la haine des Parisiens. Mais Rouen, pour piquer Paris, et aussi, flatté de la visite du roi, accorda mille hommes. Fort de cela, le chancelier retomba sur les Parisiens, leur fit honte; ils votèrent mille hommes. L'argent devait se lever sur la vente des denrées, forme d'impôt très-dangereuse qui pouvait causer des révoltes. On aima mieux taxer chaque corps de métier, les drapiers de soie à dix mille livres, ceux de laine à huit, etc. Et Paris n'en fut pas quitte. Peu de mois après, Duprat vint demander cent mille écus, en donnant rente aux Parisiens sur l'Hôtel de Ville, les faisant rentiers malgré eux.

Paris était très-sombre. Le roi aussi. Il lui avait fallu demander, mendier, expliquer ses affaires. Il passa tout l'hiver dans les bois et les chasses de Fontainebleau, Compiègne et Saint-Germain, dans l'ennui des nouvelles couches de la reine. Au printemps, il partit pour Lyon, toujours préoccupé de l'Italie, jamais de la France.

La France se défendait seule et comme elle pouvait. Il n'y avait pas d'armée, sauf deux mille Suisses à Abbeville qui refusaient de combattre. Quelques petites garnisons défendaient les villes. La campagne, les villages, foulés, pillés, brûlés, violés étaient le jouet de la guerre. Les gentilshommes du pays escarmouchaient ici et là par bandes de vingt ou trente lances, méprisant fort les paysans, et toutefois n'attaquant guère que quand ils avaient avec eux quelque poignée de franc-archers.

Ainsi, ce n'était plus seulement derrière les murs et dans les siéges, c'était en rase campagne que cette pauvre population, si peu habituée à la guerre, commençait à s'essayer.

Quelle devait être l'inquiétude des familles et leurs ardentes prières, quand, pour la première fois, le père, le frère ou les enfants, affublés de mauvaises armes, descendaient en plaine. Les terreurs des guerres anglaises étaient revenues, et le roi, ce roi vaillant, jeune et d'un si grand éclat, ne paraissait pourtant guère plus pour la défense du peuple que l'indolent Charles VII. Qu'importait à ces pauvres gens qu'il eût brisé à Marignan les lances des Suisses, ou qu'il reprît le Milanais, s'ils étaient abandonnés, sur toute la frontière du Nord, au dedans jusqu'en Picardie, aux partisans impériaux? Dans cette disparition du roi, le seul recours était vers Dieu.

Considérons bien ce Nord. La première ligue, picarde, était toute à l'action, aux souffrances et aux combats. La seconde, entre Somme et Marne, n'en avait encore que l'attente, l'émotion, le trouble. Meaux en était l'ardent foyer. Grand marché des grains et centre agricole, comme elle l'est aujourd'hui, elle fut de plus, au Moyen âge, la fabrique capitale des laines qui habillaient les provinces voisines. La Jacquerie du XIVe siècle éclata à Meaux et y succomba dans d'horribles flots de sang. Au XVIe, à Meaux encore, dans les ouvriers tisseurs et cardeurs, brilla la première étoile de la révolution religieuse.

Notre grande route du Nord, passage éternel de soldats, les villes qui en sont les étapes et les haltes nécessaires, sont toutes occupées de la guerre, elles combattent de cœur et de vœux. Elles disent le mot de la Pucelle: «Les hommes d'armes combattront, et Dieu donnera la victoire.»

Autre ne fut la pensée des pieux ouvriers de Meaux: «Dieu, seul défenseur et sauveur, gardien de l'homme abandonné. Toute notre force est dans sa Grâce.»

Profond élan du cœur du peuple qui, par une heureuse coïncidence, trouva appui et soutien dans l'autorité des docteurs. Le bon évêque de Meaux, Briçonnet (fils du favori de Charles VIII, et qui expiait pour son père), était une espèce de saint, bon, doux, charitable. Au milieu de ce peuple délaissé et menacé par de si grands dangers publics, il se voyait bien près de reprendre le rôle de ces anciens évêques qui, à l'approche des Barbares, toute force publique ayant disparu, furent constitués par la nécessité defensores civitatum. Ses prédications relevaient le peuple, lui donnaient espoir. Toutes se résumaient dans le chant de Luther: «Ma forteresse, c'est mon Dieu.»