«Un des plus gros personnages et du sang royal vouloit livrer l'Estat; et même il y avoit dessein sur la vie du roi.»
La reine avait dans ses mains deux gentilshommes normands, nourris dans la maison de Bourbon, qu'un agent de la conspiration y avait engagés. Épouvantés des maux qui pouvaient frapper le royaume, ils s'en étaient confessés, en autorisant le prêtre à avertir Brézé, le sénéchal de Normandie. Brézé était le gendre de Saint-Vallier, l'un des plus compromis. Cependant, il envoya les deux hommes à la reine.
Le roi n'avait que quelques cavaliers, et justement une compagnie très-suspecte. Il attendit pour avancer qu'on lui eût amené des lansquenets. Il entra alors à Moulins, mit ses soldats aux portes et alla loger chez le duc.
Le faux malade, interrogé, n'osa nier cette fois. Il avoua que l'Empereur lui avait fait des ouvertures, et dit qu'il n'avait rien voulu écrire, mais attendre le roi pour révéler tout.
Le roi fit semblant de le croire, le rassura, lui dit qu'il n'avait rien à craindre du procès, que, gagnant, perdant, on trouverait moyen qu'il n'y eût point dommage. Il ajouta gaiement: «Je vous emmène en Italie, et vous y aurez l'avant-garde, comme à Marignan.» Le malade demanda quelques jours, ne pouvant supporter encore le mouvement de la litière. Le roi partit, emportant une vaine promesse écrite, et lui laissant un écuyer «pour l'informer de sa santé.»
Ce surveillant l'incommodait. Il l'écarta en se mettant en route, et l'envoyant au roi. Le roi renvoya l'écuyer. À la Palisse, le malade fit le mourant; les cris, les pleurs des serviteurs, rien n'y fut épargné. L'écuyer, réveillé la nuit par cette musique lamentable, se laisse encore tromper, et part pour avertir le roi. Bourbon, du lit, saute à cheval, et court, bride abattue, à son château de Chantelle. Il apprenait que le Parlement, ayant la main forcée par la dénonciation, ordonnait de saisir ses fiefs.
Il entrait dans Chantelle, quand l'inévitable écuyer, que le roi avait fort grondé, entra sur ses talons. Le connétable lui dit qu'il n'irait pas à Lyon, que, de chez lui, plus à son aise, il saurait se justifier. L'écuyer avouant qu'il avait ordre de ne pas le perdre de vue, il vit le duc si irrité, et ses gens prêts à le pendre aux créneaux, qu'il fut trop heureux de partir.
C'était le 7 septembre; les Espagnols entraient en Gascogne, les Allemands en Champagne. Il ne désespéra pas d'amuser encore le roi, lui envoya un homme grave, l'évêque d'Autun, Chiverny, avec une lettre où il promettait sur l'honneur de le servir, si on lui rendait seulement les biens propres de Bourbon. C'était abandonner le douaire d'Anne de Beaujeu.
L'évêque rencontra une forte gendarmerie qui l'arrêta. Quatre mille hommes marchaient vers Chantelle. Bourbon s'enfuit dans la nuit du 9 au 10, galopa au midi, prit l'habit de varlet, ferra ses chevaux à rebours, n'emmenant avec lui qu'un homme, Pompéran, vêtu en archer. Ils gagnèrent Brioude, le Puy, d'où, par les chaînes désertes du Vivarais, ils arrivèrent au Rhône, en face de Vienne en Dauphiné. Au pont de Vienne, le prétendu archer demande à un boucher si les archers, ses camarades, gardaient le passage.—«Non.» Rassurés, ils passèrent, non le pont, mais un bac qui était plus bas.
Dans ce bac, des soldats reconnurent Pompéran. Alarmés, ils gagnèrent les bois; puis, logèrent chez une vieille veuve qui leur donna nouvelle alerte. Elle dit à Pompéran: