Le 6 septembre, les Espagnols entrent en France.
Ponctualité admirable, excessive. Bourbon écrivait le 20 août qu'on n'allât pas trop vite, qu'il n'éclaterait que dans dix jours au plus. Les Anglais, à Calais, restent donc inactifs. Les Allemands, déjà loin vers l'ouest, rétrogradent un moment vers l'est, pour n'agir pas trop tôt.
La conduite de François Ier est étonnante. Dans un si grand danger, il regardait vers l'Italie. Il y appelait sa noblesse.
Il se fiait à trois choses peu sûres. D'une part, il préparait une flotte au duc d'Albany pour passer en Écosse, entraîner l'Écosse sur l'Angleterre, détrôner Henri VIII. Mais, la chose eût-elle réussi, elle eût eu lieu trop tard. Les Anglais détruisirent la flotte.
En même temps, il avait à Londres un très-secret agent par lequel il tâchait de regagner Wolsey.
On dira qu'il ignorait l'immensité de son péril, l'attaque universelle. Mais il voyait, du moins, l'imminente descente anglaise.
Quoi qu'il en soit, sa folie même lui tourna bien. En appelant ce qu'il avait de force vers les Alpes, il traversait le Bourbonnais. Dans ce passage continuel de la gendarmerie française, Bourbon ne pouvait éclater. Il lui fallait attendre que le roi eût passé les monts pour se lever derrière, lui couper le retour, le tenir, l'écraser, entre la révolte et l'ennemi.
Autre chose qui servit le roi. Il n'avait pas d'armée soldée. Il avait envoyé faire des levées en Suisse. Il fallait bien attendre. Donc, il allait à petites journées, et, sans le savoir, par cette lenteur, il désolait Bourbon, qui avait cru le voir partir en août. Cela obligeait celui-ci à jouer la plus triste comédie: il s'alita, contrefit le malade.
Le roi voulait, à tout prix, l'emmener, et, le voyant d'ailleurs tellement appuyé et fort, il penchait vers un accommodement. Il paraît qu'il lui eût laissé la jouissance viagère de ses fiefs, s'il eût épousé la sœur de Louise de Savoie et se fût ainsi remis dans leurs mains. Il avait annoncé au parlement qu'il laissait sa mère régente, et que le connétable serait lieutenant du royaume; titre d'honneur et nominal, puisqu'il l'emmenait en Italie.
Le roi n'était encore qu'en Nivernais, quand il reçut de sa mère la lettre la plus effrayante: