Les deux rois entreront par le midi et l'ouest, Bourbon par l'est avec des Allemands. Où ira-t-il? «Au lieu le plus propice pour mieux besogner.» Mais l'Anglais exige qu'en cas de bataille il lui amène ses troupes et celles de l'Empereur.
Bourbon, avec l'argent des rois, lèvera dix mille Allemands pour guerroyer avec eux et autres gens de guerre.
Ces autres, ce sont ses vassaux, c'est le ban et l'arrière-ban qu'il pouvait lever dans ses fiefs (jusqu'à quarante mille hommes).
Ces autres, ce sont les mécontents innombrables, qui ne manqueront pas de se joindre à lui pour renverser François Ier. Enfin, c'est la France elle-même, lasse décidément des Valois, qui passera aux Bourbons; menée à eux par ses parlements.
Mais pour cela il fallait rester libre, surtout ne pas se faire Anglais. Bourbon voulait éluder le serment qu'exigeait Henri VIII. Il refusa la Toison d'Or, que Charles-Quint voulait lui imposer, et qui impliquait le serment à l'Espagne.
Les Anglais n'en démordirent pas, et tirèrent de lui une promesse verbale. On s'arrangea. Les rois brûlaient d'agir. Le moment semblait admirable. Les envoyés anglais écrivaient à Wolsey: «Il n'y a jamais eu de roi si haï que celui-ci. Il est dans la dernière pauvreté et la plus grande alarme. Il ne peut emprunter. Et il a tant tiré d'argent, que, s'il en lève encore, il met tout contre lui.»
On promit à Bourbon qu'avant le 1er septembre, on agirait de tous côtés à la fois.
Marguerite d'Autriche ne pouvait le croire. Elle pensait que le temps manquerait, que Bourbon éclaterait trop tôt et se perdrait. Ce fut tout le contraire. D'Espagne et d'Angleterre, la passion fut telle, que tout fut prêt avant l'heure dite.
L'argent anglais était déjà à Bâle, ou plutôt le crédit anglais. La banque seule dut encore accomplir ce singulier miracle d'envelopper la France d'armées improvisées.
Les lansquenets, levés par cet argent, passent le Rhin le 26 août, traversent la Franche-Comté, touchent la Lorraine (1er septembre), vont entrer en Champagne. Du 23 au 30 août, les Anglais débarquent à Calais, et le 4 septembre s'entendent avec les Flamands pour leur invasion commune.