Le Parlement mit le bourreau en prison. Le 1er août, où il devait juger le grand procès de la succession de Bourbon, il refusa, se dit incompétent, et renvoya la chose au conseil, c'est-à-dire au roi; faisant entendre que, dans ce temps de violence, il n'y avait plus de justice.

Depuis le mois de mai, Bourbon s'était retiré et négociait avec l'Espagne et l'Angleterre. Nous devons aux dépêches anglaises (très-bien extraites par Turner) de pouvoir dater avec précision tous les actes de cette négociation souterraine. Trop en vue à Moulins, au milieu de sa cour, il allait souvent en Savoie et en Bresse; et c'est de là qu'il écrivait, là qu'il recevait les agents étrangers qui n'eussent pu pénétrer en France. La Savoie nous était ennemie, malgré la parenté, le roi l'empêchant de créer des évêchés qui l'auraient affranchie du siége de Lyon. C'est d'Annecy en Savoie que, le 12 mai, Bourbon envoie à Wolsey. C'est à Bourg, sur terre savoyarde, qu'il reçoit, le 31 juillet, Beaurain (de Croy), fils de la dame de Rœulx, agent de l'Empereur.

Les difficultés étaient celle-ci. L'Empereur et l'Angleterre avaient deux intérêts contraires. Et le parti français qui soutenait Bourbon en avait un troisième. Comment les concilier?

L'Empereur, avec sa sœur, eût donné deux cent mille écus d'or, mais après que Bourbon aurait agi. Sa défiance ajournait, retenait justement ce qui donnait moyen d'agir. L'Anglais, non moins déraisonnable, eût payé sur-le-champ, mais à condition qu'il le reconnût roi de France, à condition qu'il se brouillât et avec l'Empereur et avec la France même.

Il est évident que les Anglais se croyaient encore en 1400, qu'ils ignoraient la haine qu'ils inspiraient depuis les guerres de Charles VI, et la force nouvelle du sentiment français, la vive personnalité de la France, son horreur du joug étranger.

Bourbon, pour n'avoir pas de maître, s'en fût volontiers donné deux. Il semble qu'il ait cru faire deux dupes qui feraient la dépense, pour qu'il eût le profit. Le roi détrôné ou tué, le Parlement eût déclaré sans doute que la France voulait un roi français.

Le traité, rédigé à Bourg entre Beaurain et Bourbon (Négoc. Autr. II, 589), est bien de gens qui veulent se tromper les uns les autres.

L'Empereur donne sa sœur, et la retient, ajoutant prudemment: «Si elle y veut entendre,» ce qui le laisse maître de faire ce qu'il voudra. Cette sœur, veuve du roi de Portugal, du maître des Indes, avait, outre sa dot, six cent mille écus de joyaux.

La France sera-t-elle démembrée? Oui, eût dit Charles-Quint. Non, eût dit Henri VIII, qui voulait le tout.

L'Espagnol semble accepter Bourbon pour allié. L'Anglais le veut vassal, exige son serment. Là-dessus, Bourbon s'en remet «à ce que décidera l'Empereur.»