Les parlementaires ainsi repoussés, c'était aux nobles à essayer. Il le firent en mars. Bourbon était à Paris pour solliciter son procès. On mit en avant un homme épousé pour tâter le roi encore. Jean de La Brosse, qui avait l'héritière de Penthièvre, avait cédé ses droits à Louis XI, qui lui paya pension. Charles VIII, Louis XII, François Ier tinrent la cession bonne, ne se souciant point de remettre en main féodale le nord de la Bretagne, une si belle descente aux Anglais. Les La Brosse suivaient le roi comme son ombre, en réclamant toujours. Dans ce moment critique où l'on put croire qu'il faiblirait, La Brosse reproduit la demande. Le roi reproduit son refus. La Brosse alors, s'enhardissant, dit: «Monseigneur, il me faudra chercher parti hors du royaume.—Comme tu voudras, La Brosse.» Ce fut la réponse de François Ier.

Elle dut faire plaisir à Bourbon. Beaucoup de nobles se serraient autour de lui, un Saint-Vallier, un Escars, un La Vauguyon, un Lafayette, entre autres. Le dernier officier distingué d'artillerie, le premier hautement apparenté, allié aux Brézé qui, de père en fils, étaient sénéchaux de Normandie. La fille de Saint-Vallier, savante, accomplie (de grâce, sinon de cœur), la fameuse Diane de Poitiers, déjà en renom, avait épousé Louis de Brézé, petit-fils de Charles VII et d'Agnès Sorel. Saint-Vallier, capitaine de cent gentilshommes de la maison du roi, avait, par cette charge, des occasions faciles de tuer ou de livrer son maître.

Un autre partisan de Bourbon, c'était la reine elle-même qui, ne voyant que la famille, l'aurait voulu pour sa sœur. «Un jour qu'elle dînait seule, Bourbon se trouvant là, elle lui dit de s'asseoir, de dîner avec elle. Le roi survient. Bourbon veut se lever. «Non, monseigneur, restez assis, lui dit le roi. Eh bien! il est donc vrai? vous vous mariez?—Non, Sire.—Je le sais, j'en suis sûr. Je sais vos trafics avec l'Empereur... Qu'il vous souvienne bien de ce que je dis là...—Sire, vous me menacez! Je n'ai pas mérité d'être traité ainsi.»

Le duc, après le dîner, partit, mais non pas seul: toute la noblesse le suivit.

CHAPITRE X

LA DÉFECTION DU CONNÉTABLE.—SON INVASION
1523-1524

C'est Charles-Quint lui-même qui fit le récit à Thomas Boleyn. Celui-ci trouvait étonnant que le roi ayant lâché une telle parole, il eût laissé partir le duc. L'Empereur ajouta: «Il n'aurait pu l'en empêcher; tous les grands personnages sont pour lui.»

Bourbon prit pour quitter Paris un prétexte fort populaire, celui de donner la chasse aux bandits du Nord qui empêchaient les denrées d'arriver. Mais dans le centre du royaume, en Auvergne, en Poitou, en Bourbonnais, il n'y avait pas moins de brigands, et plus organisés. C'était une armée véritable; leur chef, le roi Guillot, avait des trésoriers, percevait des impôts. Ce roi était un gentilhomme du Bourbonnais, nommé Montelon (Montholon?). Il est fort difficile de distinguer si ce chef, sorti des pays de Bourbon, était bien un brigand, ou un de ses partisans qui fit feu avant l'ordre. Quoi qu'il en soit, Bourbon eût aliéné tous les siens (les grands et les parlementaires), s'il n'eût comprimé cette Jacquerie.

À Paris même où le roi était en personne avec la cour, il y avait tumulte, des rixes et des batteries, des gens tués. Le roi fit dresser des potences aux portes de l'hôtel royal, et elles furent enlevées la nuit par des gens armés. Il semble qu'il s'en soit pris au Parlement, qui avait en effet la meilleure partie de la police. Il y tint un lit de justice, parla fort durement, et, rappelant des temps peu honorables au Parlement, dit que, lui vivant, on ne reverrait pas les temps de Charles VII (30 juin 1523).

Le roi Guillot étant pris et amené, son procès marqua mieux encore la discorde et l'irritation. Le Parlement ne voulut y voir qu'un bandit et un gentilhomme. La cour aggrava son supplice, comme celui d'un rebelle coupable de haute trahison. La sentence disait qu'il serait décapité, puis écartelé. Le bourreau, non sans ordre, fit la chose à rebours, l'écartela vivant (29 juillet).