Bourbon franchit le pas que, depuis un an, sans nul doute, les Croy l'engageaient à faire; il envoya à Madrid et demanda la sœur de l'Empereur, l'invasion de la France par les impériaux et les Anglais.

Le 14 janvier 1523, Thomas Boleyn, envoyé d'Henri VIII à Madrid, écrit à Londres qu'on en confère. Les instructions que Wolsey envoie en réponse, reproduisant les motifs que mettait en avant Bourbon, disent «que ce vertueux prince, voyant la mauvaise conduite du roi et l'énormité des abus, veut réformer le royaume et soulager le pauvre peuple.» Henri VIII, comme Henri V et la pieuse maison de Lancastre, aurait volontiers travaillé avec Bourbon à cette réforme de la France.

Je ne doute aucunement que les gens graves et de mérite qui tenaient pour le connétable n'aient envisagé ainsi les choses. C'est la fausse situation où tant de fois s'est vue la France, toute personnifiée dans un roi. Les fautes, les crimes de ce roi, on ne pouvait rien y faire que par cette médecine atroce qui équivalait à un suicide: l'appel au sauveur étranger. C'est-à-dire que, pour soigner et guérir la France, on n'avait remède que de l'anéantir.

C'était une indigne ironie de proposer pour médecins ceux qui étaient le mal même: les grands qui, aux états de 1484, s'étaient hardiment présentés. Mais la France n'en voulut pas, aimant mieux encore un tyran: la fille de Louis XI.

L'ironie n'était guère moins grande de prendre pour médecins du royaume les parlementaires, hier procureurs, hommes de ruse et d'avarice, têtes dures et étroites, que la pratique, les sacs poudreux, les petits vols, n'avaient point du tout préparés à se faire les tuteurs des rois.

Les Chats fourrés de Rabelais, et les seigneurs Humeveines (les buveurs du sang du peuple), qu'il a mis sur une même ligne, dans sa verve révolutionnaire, c'était la base où s'appuyait la réforme de Bourbon. Pour amender le prodigue (prodigus et furiosus) qui dévastait nos finances, un bon conseil de famille allait s'assembler où ne siégeraient que des Français, le Français Charles-Quint (né Bourgogne et Bourbon), le Français Henri VIII (descendu d'une fille de Philippe le Bel), tous deux venant de saint Louis.

Les juges et les hommes d'épée, brouillés depuis deux cents ans, venaient d'être réconciliés par le roi même, par la cour et la haine qu'elle inspirait: la cour, institution nouvelle, jusque-là inconnue, la cour qui ne voyait qu'elle et méprisait le reste, la noblesse autant que le peuple; une cour de dames surtout: toute place, toute pension donnée dans un cercle de favorites, toute la monarchie devenue le royaume de la grâce. Les parlementaires et les nobles jusque-là se disputaient les biens d'Église qu'un semblant d'élection leur donnait ou à leurs valets. Le roi les mit d'accord par son traité avec le pape, donna les écailles aux plaideurs, garda l'huître. Dès lors, toute chose alla au hasard, parfois aux serviteurs utiles, souvent aux femmes aimables qui enlevaient par un sourire les grâces du Saint-Esprit; un envoyé au Turc était payé d'un évêché; une maîtresse, pour ses trois frères, en gagna trois, etc.

Là était la plaie profonde au cœur des parlementaires, des universitaires, des nobles.

Les premiers, sous prétexte d'une enquête nécessaire, s'étaient ordonné à eux-mêmes d'aller à Moulins chez le duc. On peut deviner assez comment ce prince magnifique les reçut et les caressa, leur soumettant sans doute ses idées sur le bien public et regrettant de ne pouvoir les voir exécutées par eux.

Au retour, en décembre 1522, au milieu d'un rude hiver, d'une grande misère publique, s'associant à la vive irritation de Paris, ils essayèrent par remontrances leur révolution timide, tâtèrent le roi, envoyèrent des plaintes au chancelier qui, durement, sans hésiter, mit leurs députés en prison. Le peuple ne bougea pas.