Tout cela n'eût pas suffi sans les dissentiments des alliés. Mais Wolsey et son maître voulaient des choses différentes. Henri ne voulait pas qu'en plein automne, et les routes déjà gâtées, on pénétrât en France. Il voulait un second Calais, prendre Boulogne, rien de plus. Mais ce n'était pas là l'intérêt des impériaux; Marguerite d'Autriche voulait les places de la Somme, la Picardie. Wolsey était de ce parti, étant à ce moment l'homme des impériaux et leur dévoué serviteur.
Le pape Adrien VI était mort le 14 septembre; Wolsey, innocemment, croyait qu'ils travaillaient le conclave pour lui. L'Empereur, qui avait vu l'insistance des Anglais à stipuler la royauté de France, n'eut garde de faire un pape anglais qui eût employé son pouvoir à replacer son roi au Louvre. Il fit nommer un Médicis, bâtard; on lui donna dispense. Élection irrégulière et litigieuse, qui le laissait d'autant plus dépendant (19 novembre 1523).
Cette nouvelle tomba sur Wolsey au moment où, malgré son maître, il suivait les impériaux, et faisait leurs affaires en France, prenant pour eux la Picardie. L'hiver était épouvantable; les hommes gelaient, perdaient les pieds, les mains; mais on allait toujours. Pour les encourager, Wolsey, dans cette rude campagne, leur donnait le pillage. On brûlait avec soin ce qu'on ne prenait pas. On arriva ainsi à onze lieues de Paris.
Paris se fût-il défendu? Le Parlement semblait n'y pas tenir. Il reçut assez mal ceux que le roi envoya pour organiser la défense. Tout à coup, chose inattendue, les Anglais tournent bride et partent. «Il fait trop froid, écrit Wolsey à l'Empereur; ni homme, ni bête n'y tiendrait. Et vos Allemands, qui venaient du Rhin, sont maintenant dispersés.»
Bourbon et son parti s'étaient mutuellement attendus. De septembre en décembre, il était resté immobile, à croire que la noblesse de France allait venir le joindre. Soit loyauté, soit intérêt, elle s'attacha au sol, ne remua point. Le roi (25 septembre) lui avait donné, il est vrai, une preuve inattendue de confiance; il rendit aux seigneurs le pouvoir de juger à mort les vagabonds, aventuriers, pillards, que les prévôts royaux leur livreraient[16]. L'homme du roi n'était que gendarme, le seigneur était juge. Si la chose eût duré, c'eût été l'abandon de tout l'ordre nouveau, une abdication de la royauté.
Cela pour la noblesse. Le clergé eut sa part. Le roi lui avait pris le tiers du revenu. Il adopta dès lors la méthode toujours suivie depuis, de dédommager le clergé avec du sang hérétique. L'Empereur et Marguerite d'Autriche faisaient de même; ils venaient de brûler trois luthériens en Flandre. On brûla à Paris un ermite qui osait dire que la Vierge avait conçu comme une femme. Un gentilhomme même, Berquin, aurait été brûlé par l'évêque et le Parlement, si la sœur du roi n'eût agi pour lui. La chose ne se fit pourtant que par la force; il fallut que le roi l'enlevât de prison par les propres archers de sa garde.
Grand scandale pour le clergé, qu'un tel acte arbitraire empêchât la justice! Le roi le consola en faisant partir de Paris douze religieux mendiants qui, par toute la France, prêcheraient contre les luthériens.
Et le peuple, que fit-on pour lui? On supprima dans Paris le monopole des boulangers. On fit quelques réformes dans les dépenses. On essaya d'établir un contrôle entre les gens des finances, de les centraliser. Tous fonds perçus durent être dirigés sur un point, sur Blois.
Le roi, en ce moment critique, était très-affaibli. Il demandait justice au Parlement qui fermait l'oreille. On n'osait dire que les complices de Bourbon fussent innocents; mais l'on ne trouvait pas et l'on ne voulait pas trouver de preuves. Des députés des parlements de Rouen, Dijon, Toulouse et Bordeaux, furent mandés, pour revoir la procédure, et n'eurent garde de parler autrement que ceux de Paris. Toute la robe était liguée.
La seule justice qu'il y eut, ce fut la sentence de Saint-Vallier, et le roi paraît ne l'avoir obtenue qu'en promettant qu'il ferait grâce sur l'échafaud.