Le roi, dans son aveugle élan, tomba du premier coup sur un brillant cavalier, et le tua, dit-on, de sa main. Coup superbe pour un héros de roman; c'était le dernier descendant du fameux Scanderbeg.

Pendant cette belle prouesse, la bande noire de nos lansquenets eut quelques moments d'avantage. Ils furent peu imités des Suisses qui, ce jour, se montrèrent tout différents de leurs aïeux.

Le roi, avec ses grands seigneurs, soutint quelque temps la bataille avec une vaillance qu'admirèrent les ennemis. Il y eut là un grand massacre des premiers hommes de France: La Trémouille, La Palice, Suffolk, prétendant d'Angleterre, furent tués, et Bonnivet se fit tuer, courant à l'ennemi la visière haute et le visage découvert.

Le roi, deux fois blessé, au visage, à la cuisse, et la face pleine de sang, sur un cheval percé de coups, voulait gagner un pont. Le cheval s'abattit, il tomba dessous, et deux Espagnols arrivaient dessus pour le prendre ou le tuer. Mais à l'instant il y eut là à point un groupe de Français, dont l'un mit l'épée à la main pour le garder des Espagnols. C'était justement Pompéran, ce douteux personnage qui avait mené Bourbon hors de France, s'était ensuite rallié au roi (Captivité, p. 38) pour rejoindre ensuite Bourbon. Un autre était son secrétaire même et très-intime agent, La Mothe-Hennuyer. Ils lui dirent de se rendre au connétable, ce qu'il refusa. On appela Lannoy, qui accourut, et qui, lui donnant son épée, reçut celle du roi à genoux.

CHAPITRE XII

LA CAPTIVITÉ
1525

Vaincu je fus et rendu prisonnier,
Parmi le camp en tous lieux fut mené,
Pour me montrer, çà et là promené...

(Vers de François Ier.)

Ce traitement barbare s'explique: le prisonnier était le gage de l'armée. Elle s'était battue gratis, dans l'espoir de le prendre et d'avoir sa rançon. Les généraux purent dire: «Voilà votre homme; vous l'avez maintenant. Dès ce jour, vous êtes payés.»

Des arquebusiers espagnols qui avaient réellement fait la principale exécution, un rustre s'avança, et familièrement dit au roi de France: «Sire, voici une balle d'or que j'avais faite pour tuer Votre Majesté... Elle servira pour votre rançon.» Le roi sourit, et la reçut.