Les Italiens offraient à Pescaire celle de Naples; le pape lui en aurait donné l'investiture. L'âme de l'entreprise était Morone, le chancelier de Francesco Sforza. L'affaire était conclue avec la France, qui renonçait au Milanais, promettait une armée (24 juin 1525).
Le désespoir du roi dans sa prison d'Espagne, son appel à sa mère, à sa sœur, sa maladie en août et les craintes de sa famille, dérangèrent tout. Les Italiens, qui ne voyaient rien faire pour eux, et soupçonnaient qu'on allait les trahir, commencèrent à se troubler. L'Empereur avait déjà conclu avec la France une trêve de juillet en janvier. Pescaire joua un double jeu. Il dit à ses complices que, pour endormir l'Empereur, il fallait lui mander quelques mots de la chose, et lui faire croire qu'on la ferait avorter. Ayant obtenu des Italiens la permission de les trahir, il le fit en effet, et plus qu'il n'était convenu.
Plusieurs assurent que ce fut la pieuse, la vertueuse Vittoria Colonna qui lui fit livrer ses amis; il était très-perplexe; elle le décida par la considération du serment qu'il avait prêté à l'Empereur, dont il était l'homme de confiance, par l'obéissance qu'on devait à l'autorité légitime, par le loyalisme espagnol, qui jamais ne trahit son maître, enfin par la vertu chrétienne, le pardon des injures, le sacrifice de sa jalousie et de sa haine contre les Colonna, auxquels l'avait sacrifié l'Empereur.
Cela le toucha fort, et il réfléchit sans doute aussi qu'après tout l'Empereur pouvait d'un seul mot le faire très-grand en Italie, tandis que la Ligue ne lui donnait qu'une promesse, une douteuse éventualité, rien que la guerre. Il allait servir les Français, qu'il venait de battre, contre les Espagnols, qui l'aimaient, l'admiraient comme un des leurs, et qui avaient fait sa victoire.
Et il poussa si loin cette vertu sublime de servir un maître ingrat, qu'il se fit espion pour lui, agent provocateur compromettant habilement ses amis et les enfonçant dans le piége. En attendant, il gagnait du temps, disant que sa conscience n'était pas rassurée encore, et faisant consulter (sans doute par sa femme) les plus profonds casuistes de Rome.
Mais revenons à Marguerite, qui arrive à Madrid, et trouve son frère malade à la mort dans ce misérable galetas. Sa vue seule, son embrassement, son étreinte, l'eût ressuscité. La France tout entière et la patrie entra avec elle dans cette chambre, le charme de la famille, de l'enfance et des souvenirs. Elle ne craignit pas pour le roi une émotion religieuse; elle fit dresser un autel, dire la messe, et communia avec lui de la même hostie.
Il était beaucoup moins malade qu'on ne croyait. Sa vigueur de jeunesse se réveilla par le bonheur. De corps, de cœur, il s'était vu lié, serré, et dans cette constriction, il avait cru mourir.
Une véhémente expansion, et morale, et physique, eut lieu dans tous les sens. Sa sœur en quinze jours, fit ce miracle de le si bien remettre, «qu'il eût couru le cerf.» Elle donne plusieurs détails naïfs de cette résurrection, et plus naïfs que poétiques, comme une mère parle d'un enfant.
M. de Sismondi, avec un grand sens historique, avait jugé, sur les dépêches des envoyés du pape, que la régente trahissait, qu'après avoir, en juin, promis secours aux Italiens, en août, voyant le roi désespéré, malade, elle avait brusquement changé de politique, demandé grâce à l'Empereur en dénonçant ses alliés. Au milieu de septembre, on sut à Rome que Charles était instruit et des offres faites à Pescaire et des négociations avec la France.
L'hypothèse est si vraisemblable, que celui qui ne veut pas l'admettre doit oublier l'histoire des monarchies, méconnaître spécialement ce moment de l'histoire où le gouvernement tout personnel ne fut que la famille, le sang, la chair et l'amour éperdu d'une mère capable de tout, mère jusqu'au crime, asservie à l'instinct de la femelle pour sa progéniture.