«Croyez que, pour vous faire service, en quoi que ce puisse être, rien ne me sera étrange, tout me sera repos, honneur, consolation... jusqu'à y mettre au vent la cendre de mes os (Septembre 1525).»

Tout porte à croire qu'elle y mit d'avantage, qu'elle y fut l'instrument docile, aveuglément passionné, de la politique de Duprat et de la régente; en d'autres termes, que, ne voyant qu'un but, sauver son frère mourant, elle porta pour rançon au geôlier le secret qu'avait confié à l'honneur de la France le désespoir de l'Italie.

La mère, la sœur craignaient infiniment pour le cher prisonnier. Le 18 septembre, quand Marguerite arriva, on désespérait de lui. On tremblait que Charles-Quint ne le laissât dans son cachot, violemment irrité qu'il allait être de l'abandon d'Henri VIII et de sa ligue avec la France.

Donc il fallait, à tout prix l'apaiser.

L'Italie, même impériale, avait appelé la France; non-seulement le pape et Venise, mais Francesco Sforza, la créature de Charles-Quint, avaient crié à l'aide, sous les outrages et les supplices. On commençait à croire qu'il voulait dépouiller Sforza. Il lui montrait l'investiture, ne la lui donnait pas, la mettant au prix monstrueux de 1,200,000 ducats. Plusieurs croyaient qu'il donnerait Milan au connétable de Bourbon.

Les Allemands étaient partis. Les Espagnols restaient. Les Italiens, pour s'en débarrasser, avaient mis leur espoir dans l'homme même de Pavie.

Pescaire avait vaincu, et Lannoy avait profité. Aux termes de la parabole qui paye le fainéant pour le laborieux, l'Empereur récompensait le Flamand pour la victoire de l'Italien.

Pescaire, le lendemain de la bataille, avait pris pour lui un comté. L'Empereur le lui ôte, disant que, depuis deux ans, il l'a promis aux Colonna: mortelle injure. Pescaire cria si haut, que les Italiens prirent confiance en lui, lui dirent tout, tramèrent avec lui pour massacrer les Espagnols.

Alonso d'Avalos, marquis de Pescaire, était, comme César Borgia, un Italien d'origine espagnole. Entre tous ces damnés qui se dirent disciples de Borgia, lui seul eut du génie. Né près de Naples, doué des fées, heureux dès le berceau, il eut, à quatre ans, la singulière faveur de fiancer la reine d'Italie, celle qui fut le centre des penseurs italiens, la poésie de Michel-Ange et son sublime amour, Vittoria Colonna. Elle était d'une part Colonna, de ces fameux Romains, des héros de Pétrarque, d'autre part des Montefeltro, ducs d'Urbin, illustres généraux des siècles militaires de l'Italie. À une telle femme il fallait un trône, et c'est peut-être ce qui alluma d'abord l'ambition de Pescaire. Ce simple gentilhomme eût voulu une souveraineté pour cette fille des souverains. Ils étaient du même âge, et tous deux poètes. Il l'épousa à dix-sept ans. Il eut d'abord des succès étonnants; ses années marquent nos défaites. En 1521, il prend Milan malgré Lautrec. L'année suivante, il tue Bayard, bat Bonnivet à la Bicoque. En 1525, Pavie[19]!

À un tel homme, si hardi, si prudent, «exquis en paix, en guerre» (c'est le mot de François Ier) la fortune offrait tout. La misérable impuissance des rois, épuisés dès l'entrée des guerres, ouvrait les plus hautes espérances aux aventuriers héroïques. N'avait-on pas vu, au XVe siècle, le grand Huniade faire souche de rois? et les Sforza de ducs? L'intrigant César Borgia avait failli faire un royaume. Pourquoi un Seckingen, un Bourbon, un Pescaire, n'auraient-ils pas ceint la couronne?