Du reste, pensant bien que, dans les épanchements de sa douleur auprès de sa sœur Léonore et de la famille impériale, elle pourrait en dire encore plus, il crut utile de l'amuser, de lui dire qu'elle en serait contente, qu'il ferait les choses si bien, qu'elle en serait surprise (3 et 8 octobre). Il écrivait aussi de bonnes paroles au roi.

Le 5 octobre, elle parut devant le conseil impérial avec les envoyés de France. Gattinara y perdit toute mesure. Sans égard à la situation de la princesse et des Français, le furieux Savoyard parla comme jamais n'eût osé l'Empereur. Il cria, menaça. Marguerite s'en alla pleurer chez la reine de Portugal.

Il voulait d'abord avoir la Bourgogne, la tenir, avant tout examen de la question. De plus, il lui fallait la Picardie, la Somme. Il ne voulait point de mariage du roi ou de sa sœur, mais un futur mariage entre deux enfants. Enfin, il fallait que le roi aidât l'Empereur; en troupes? non, en argent, c'est-à-dire qu'il fût tributaire, et payât l'armée ennemie.

Tel fut le fruit de la faiblesse, de la déloyauté. Voyant l'affaire italienne éventée, Pescaire anéanti, enfin la France elle-même qui se livrait et brisait son épée, Gattinara nous mit le genou sur la gorge, et traita sans ménagement la femme faible et passionnée qui avait cru sauver ce qu'elle aimait.

Dans les lettres de Marguerite à son frère convalescent, on sent qu'elle craint extrêmement de lui faire mal et qu'elle parvient à se contenir. Et cependant son cœur déborde d'amertume et de douleur.

Elle n'ose plus parler, sentant qu'elle n'a que trop parlé, et qu'on profitera âprement des moindres paroles. (Captivité, 357.)

Lannoy, assez embarrassé, lui conseille doucement d'aller voir l'Empereur. Elle répond qu'elle n'ira pas sans y être invitée; que, si l'Empereur veut lui parler, on la trouvera dans tel couvent. Elle y attend depuis une heure après midi. À cinq heures, elle attend encore. On la laisse se morfondre là. L'Empereur va et vient, à la chasse, en pèlerinage, et que sais-je? Partout. Elle, fort délaissée, elle tue les journées à errer de couvent en couvent.

Que se passait-il cependant en Italie? Le 14 octobre, Pescaire accomplit son forfait.

Il l'accomplit, de concert avec son ennemi contre ses amis, avec Antonio de Leyva, le bourreau espagnol, qu'il avait promis d'égorger, contre ceux qui voulaient lui mettre sur la tête la couronne d'Italie.

Il crevait de douleur, d'ambition rentrée, peut-être de remords; il était alité à Novarre. Cela l'aida au crime. Il tira parti de sa maladie pour attirer ses amis au piége. Il pria le chef du complot, le chancelier de Milan, de venir voir ce pauvre malade. Et celui-ci, qui le connaissait bien, y vint pourtant.