Il vint. Et le malade le fit parler, parler bien haut et longuement, tout expliquer. Antonio entendait tout, caché derrière une tapisserie. L'épanchement fini, on saisit l'homme. Et Pescaire, se levant, passa dans une salle pour interroger comme juge son complice qu'il avait perdu.
Il avait reçu d'Espagne l'ordre de pousser Sforza, de le dépouiller peu à peu, de le désespérer, afin qu'il éclatât et donnât occasion à l'Empereur de le déclarer déchu de son fief.
Pescaire, qui tenait déjà Lodi et Pavie, demanda à Sforza de lui ouvrir Crémone; il n'osa refuser. Alors il occupa Milan, tenant le duc dans le château, lui demandant seulement de se laisser entourer de tranchées. Il le priait aussi de lui livrer son secrétaire intime. Sforza résista alors, et ne prenant conseil que de son désespoir, fit tirer sur les Espagnols.
Cette perfidie du fort contre le faible tourna mal au premier. Les Vénitiens, qui, dans leur peur, allaient se racheter avec une grosse somme, réfléchirent qu'après tout, puisque l'Empereur prenait le Milanais, il en viendrait à eux, et que leur propre argent allait servir à payer l'invasion. Ils le remirent en poche. Au lieu d'argent, ils donnèrent un conseil à l'Empereur, celui de ne pas prendre Milan, ce qui allait mettre le monde contre lui. L'Empereur, sans argent, fut bien obligé de les croire.
Pescaire se mourait cependant (30 novembre). Né pour la gloire, pour l'immortalité, il avait su s'attacher au poteau de l'infamie éternelle.
Sa femme, à qui sans doute il avait caché l'extrémité où il était, fut avertie trop tard. Elle accourut du fond du royaume de Naples. À Viterbe, elle apprit sa mort. Elle resta inconsolable, et le pleura toute sa vie. Combien dut-elle aussi pleurer sur elle-même, si, par scrupule de religion et de chevalerie, elle lui donna le fatal conseil qui fit de lui un traître, et tua son âme et sa mémoire!
CHAPITRE XIII
LE TRAITÉ DE MADRID ET SA VIOLATION
1525-1526
La profonde irritation de François Ier, son aigreur et son amertume sont visibles dans les sèches réponses qu'il fit le 10 octobre aux dernières propositions de l'Empereur. (Granvelle, I, 270; Captivité, 366). Il dit même sur un des articles qu'il aime autant un jamais.
Il fit dire par son médecin que l'Empereur ferait beaucoup mieux de prendre l'argent qu'on lui offrait, avant que son prisonnier ne fût mort.