Il lui fit savoir encore qu'il était déterminé à user ses jours en prison et à faire couronner le Dauphin; qu'il le prierait seulement de lui assigner un lieu où il restât jusqu'à sa mort. (Nég. Autrich., II, 630, 340.)
L'outrageuse ingratitude des impériaux, le mépris qu'ils semblaient faire du frère et de la sœur, les avaient tous deux relevés. Ils prenaient par irritation la mesure forte et décisive qu'il eût fallu prendre dès le premier jour.
Je ne doute pas que ce conseil vigoureux de l'abdication ne soit venu de Marguerite. Elle commença à voir clair, à sentir que cet ami, ce parent auquel tous deux s'étaient offerts et livrés, que l'Empereur était l'ennemi, un corsaire et un marchand, que le roi ne pouvait l'amener à rien qu'en lui dépréciant son gage. Il croyait tenir un roi, et il ne tenait qu'un homme qui pouvait au premier moment lui échapper par la mort.
Le roi abdiqua (novembre); et sa sœur emporta l'abdication.
Cette vigueur qui étonne dans cet homme sensuel et mou, dans cette femme passionnée qui, si énergiquement, s'arrachait à son amour, qui délaissait en prison son malade à peine rétabli, tout cela s'explique en partie par les sentiments de mysticité exaltée qu'elle avait apportés en Espagne et qu'elle avait un moment fait partager à son frère. Dès le lendemain de Pavie, elle lui avait envoyé les épîtres de saint Paul, en lui disant, comme on a vu, «que saint Paul le délivrerait.» Une recluse l'avait assuré «à un saint homme,» Briçonnet peut-être, ou plutôt Sigismond de Haute-Flamme (Hohenlohe), grand seigneur d'Alsace et chanoine de Strasbourg. C'était un ardent luthérien qui poussait à la conversion de François Ier, et qui en conserva l'espoir jusqu'en juillet 1526. Ce pieux personnage n'en resta pas moins voué au roi et à sa sœur, et nous le voyons peu après employé par François Ier à lever une armée de lansquenets.
Si l'on suit avec attention le fil des événements, on trouve qu'effectivement rien n'agit en faveur du roi plus que saint Paul et Luther. La fermentation protestante dont les Pays-Bas étaient travaillés avait frappé Marguerite d'Autriche d'une telle terreur, que, sans attendre ce qu'on ferait en Espagne, elle signifia en juin aux Anglais qu'on ne pouvait rien et ne ferait rien. Et elle le leur prouva en faisant trêve, dès juillet, pour les Pays-Bas. Les Anglais firent le 30 août leur traité avec la France. Charles-Quint, au 18 octobre, l'apprit sans pouvoir le croire. Mais les Anglais l'avouèrent, lui disant que c'était sa tante qui leur avait avoué la définitive impuissance et l'épuisement des Pays-Bas, et les avait ainsi jetés dans l'alliance française.
Une chose y fut plus décisive encore, le mariage de Portugal et le peu de cas que Charles-Quint semblait faire de la fille d'Henri VIII. Celui-ci dut le rendre, en dégoût et mauvaise humeur, à sa femme, tante de Charles-Quint, dont il était fort las. Il regarda de plus en plus vers la France, d'où il avait peut-être emporté un regret. Il y parut bientôt, un an après, lorsque de France reparut ce jeune astre, qui éblouit le roi, le fit Français et protestant, et changea la foi de l'Angleterre.
À l'autre bout du monde, en Turquie, la France, secondée par Venise, n'agissait pas moins efficacement. Le vieux doge, André Gritti, prudent et énergique, avait mis là son bâtard, Ludovico, homme d'audace et d'intrigue, lié avec le grand vizir, un Grec, né sujet de Venise, qui gouvernait absolument Soliman et l'empire. Les premiers envoyés avaient été assassinés, sans doute par l'Autriche. Mais d'autres, plus heureux, arrivèrent, le Polonais Laski, puis le Hongrois Frangepani. Ils furent reçus comme ils l'auraient été à Paris ou à Venise. Un mouvement commença immense de l'empire Turc; l'Allemagne, qui, à l'ouest, avait justement alors ses jacqueries, vit à l'est s'ébranler les Turcs, comme ennemis de Charles-Quint, et comprit l'extrême danger qu'un empereur autrichien attirait sur elle et sur la Hongrie.
Ainsi il semblait que toute la terre, de l'Irlande à l'Arabie, s'émût pour François Ier. De l'Asie, de l'Arabie, de l'Égypte, cent tribus barbares venaient à l'appel du Sultan qui, disait-il, allait marcher à la délivrance de son frère, le roi des Francs.
Mais nul pays ne se déclarait pour lui plus vivement que l'Espagne. Dès son arrivée, en juin, tout le pays de Valence s'était précipité pour le voir. Le peuple du Cid et d'Amadis courait avidement voir un héros vivant. Les femmes en raffolaient. Une fille du duc de l'Infantado, dona Ximena, déclara que, ne pouvant épouser le roi de France, elle n'aurait jamais d'autre époux, et se fit religieuse.