Un autre? Henri d'Anjou? ou bien Henri de Guise?

Condé et Coligny étaient à Noyers en Bourgogne pour conférer de leurs dangers. Tavannes, gouverneur de Bourgogne, reçoit ordre de les saisir. Ordre verbal, qu'apporte un quidam italien, envoyé de Birague. On voulait que Tavannes se lançât et prît tout sur lui. Il se garda bien de le faire. Condé et Coligny sont avertis et partent à la pointe du jour (24 août 1568).

Coligny venait de perdre son admirable femme, tendre et pieuse, un cœur plein de pitié. En deuil, il traînait quatre enfants. Condé en avait aussi quatre, et la princesse était enceinte. Madame Dandelot portait un enfant dans les bras. Point d'escorte que leur maison, une centaine de cavaliers. Le refuge était la Rochelle, à cent cinquante lieues.

Fuir de Bourgogne à l'Océan, passer les fleuves, éviter les troupes et les villes, c'était un voyage improbable. Il se fit par miracle. La Loire baissa pour les laisser passer, grossit pour arrêter ceux qui les poursuivaient.

Les preneurs y furent pris. Ils comptaient sur le guet-apens, n'avaient rien préparé. L'Ouest se déclare protestant, et bientôt le Midi, la Provence et le Dauphiné, les bandes de Mouvans et de Montbrun. Coligny signe à la Rochelle un traité avec les Nassau. Il tire d'Élisabeth de l'argent, des canons. Il établit le droit des prises; les corsaires donneront le dixième à la cause. Il entreprend la vente des biens ecclésiastiques. Il crée des commissaires des vivres. C'est par là, dit la Noue, qu'il commençait toujours l'armée, disant cette parole originale: «Formons ce monstre par le ventre.»

Il projetait un mouvement hardi qui, le reportant vers la Haute-Loire, l'eût rapproché en même temps et des Allemands qui lui venaient de l'Est et de ses renforts du Midi. Les catholiques le prévinrent à Jarnac (13 mars 1569). Les protestants, fort mal disciplinés, venant au combat un à un, y perdirent quatre cents hommes. On eût parlé à peine de cette rencontre si Condé n'y avait péri.

Le matin, le duc d'Anjou, ayant communié, recommanda l'assassinat.

On a vu Saint-André, Montmorency, cherchés et tués par leurs ennemis personnels. L'assassin de Condé fut Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou. Condé, blessé la veille d'une chute, et le jour même ayant la jambe brisée d'un coup de pied de cheval (l'os lui perçait la botte), sans tenir compte de cette vive douleur, avait chargé intrépidement, avec la belle parole que portait son drapeau: «Doux le péril pour Christ et le pays!» Enveloppé dans les masses profondes de la cavalerie ennemie, il tomba sous son cheval tué, et Montesquiou vint par derrière qui lui cassa la tête.

On vit alors ce que c'était que le duc d'Anjou. Ce vainqueur de dix-sept ans que l'habileté de Tavannes avait pu masquer d'héroïsme, parut déjà ce qu'il était, la boue, la lie du temps. Il montra cette joie furieuse, insultante, qu'on ne voit qu'aux lâches. Il fit porter le corps par une ânesse, tête et jambes pendantes. Tout le jour, sur une pierre, devant l'église de Jarnac, resta exposé aux risées le corps du pauvre petit homme, si brave, mais léger, toujours fatal aux siens... Et pourtant ce fut un Français.

Sa mort eût fortifié le parti protestant, dès lors conduit par Coligny, s'il n'eût fallu encore un prince. Si fortes étaient les habitudes monarchiques. Jeanne d'Albret amena à point son petit Henri de Navarre. La sainteté enthousiaste, l'émotion héroïque de la mère, enleva tous les cœurs et les donna au fils.