Nous avons dit comment la maison de Lorraine bâtissait dans l'opinion, échafaudait Henri de Guise. On lui avait fait faire une campagne contre les Turcs, une solennelle entrée à Paris. Laquelle entrée fut fort troublée, le gouverneur ayant soutenu qu'on ne pouvait entrer en armes, ayant même tiré sur les Guises. Le petit héros n'en montait pas moins par les soins habiles du clergé, par la publicité du temps, le sermon et les bavardages de confessionnal, de couvent et de sacristie.
La reine mère à ce héros se hâtait d'opposer le sien. À seize ans, elle lui fait remplacer le vieux connétable comme lieutenant du roi. Elle le montre et le présente comme chef au parti catholique. Elle lui donne, pour conduire les armées, deux mentors. Tavannes et Strozzi, hommes d'énergie, d'exécution, qui, avec les secours d'Espagne, vont lui arranger des victoires.
Plan redoutable. À qui surtout? aux Guises, mais encore plus à Charles IX. Il objecte, il résiste. Mais on l'entoure habilement. La majesté du trône le contraint de se réserver.
C'est le commencement d'une sorte de conspiration de la mère contre le fils, qui fit croire à la fin qu'elle avait pu l'empoisonner. Selon nous, elle a fait bien plus!
L'héroïque petite armée des protestants, en novembre et décembre 1567, suivie du duc d'Anjou, deux fois plus fort, marchait à la rencontre d'un secours d'Allemagne, dans les profondes boues, sans toit, sans repos, sans argent, vivant des rançons des villages et de contributions forcées. Les luthériens allemands étaient pour Catherine. Le seul électeur palatin secourt nos calvinistes. Les reîtres joints (4 janvier), autre difficulté. Ils n'ont suivi le palatin que sur promesse de toucher, dès l'entrée, trois cent mille écus d'or. Nos protestants se dépouillent, donnent le dernier fond de leur poche; chers bijoux de famille, anneaux de mariage, tout y passe; les valets mêmes furent admirables de générosité.
Mais, même avec les Allemands, ils étaient faibles encore devant l'armée catholique, grossie de Suisses et d'Italiens du pape. Ils vont pourtant à travers le royaume, traversent tout le centre, et tout à coup tombent sur Chartres. La Rochelle se déclare pour eux, et, avec elle, un monde de marins, de corsaires, qui font la course sur l'Espagne. La république protestante hypothèque son budget sur les galions de Philippe II.
Placés audacieusement entre Chartres qu'ils assiégent et la masse catholique, n'étant que trente mille contre quarante cinq mille, les protestants demandent la bataille. On leur donne la paix. Coup fatal. C'était les dissoudre.
Ce mot de paix fait fondre comme une neige l'armée protestante. Ces pauvres gens, à l'idée seule de la maison, du toit et du foyer, vaincus de cœur, aveuglés de leurs larmes, lisent à peine le traité. Toute promesse et nulle garantie. La liberté, sans force ni défense, sans place de sûreté. Le roi promet de solder leurs Allemands et de les renvoyer chez eux (25 mars 1568, Longjumeau).
Pie V et Philippe II furent indignés. À tort. Le conseil italien et Catherine suivaient le mot du nonce: «Les prendre désarmés.»
Un fait suffit pour dire quelle paix ce fut. Le gentilhomme qui l'apporte à Toulouse, au nom du roi, est pris, et le Parlement trouve moyen de lui couper la tête. Cent huguenots sont massacrés à Amiens, cent cinquante à Auxerre, trente à Fréjus avec René de Savoie, etc. Les confréries déclarent que, si le roi empêchait le massacre, on le tondrait, on en ferait un moine, et l'on ferait un autre roi.