Vraie scène du Jugement dernier. Une vie entière apparaît, précipitée en quatre ans à l'abîme; de l'amour à la galanterie, au libertinage, à l'assassinat! Un agent catholique, un valet italien qu'elle fait ministre, la marie au jeune Darnley, puis la prend pour lui-même.

Elle tombe plus bas. Stimulée d'un démon femelle, d'une sorcière obscène et lubrique, elle est prise, domptée par le galant de la sorcière, un assassin, le borgne Bothwel, qui la réduit jusqu'à la faire son compère dans l'assassinat. Le borgne, pour attirer le mari à son abattoir, lui dépêche la reine. Dans son infâme obéissance, celle-ci, deux fois prostituée, caresse ce mari crédule, et se livre à lui le matin pour qu'il soit étranglé le soir.

Holyrood est connu. L'Escurial, le Louvre le seront en leur temps. Ce dernier nous offre déjà une première lueur du jour qui va se faire.

Un conseil italien s'est formé autour de la reine mère: l'aimable Florentin Gondi, que la Saint-Barthélemy fit duc de Retz, le sage président Birague, qui sera chancelier de France, le violent Gonzague, fils du duc de Mantoue, et, par son mariage, duc de Nevers.

Catherine est bonne mère, mais d'un seul fils.

Non pas de Charles IX, mais du second, Henri d'Anjou, le seul qui lui ressemble.

Elle n'aimait pas Charles IX. Il l'inquiétait et lui faisait peur. Né furieux, il avait des moments de sincérité. Mais elle se reconnaissait, se mirait dans le duc d'Anjou, pur Italien, né femme, avec beaucoup d'esprit, une absence étonnante de cœur. Tout d'abord, il fut au niveau de sa mère en corruption. Les parures féminines lui plaisaient seules, bagues, pendants d'oreilles et bracelets. Il passait sa journée à taquiner les filles de la reine, leur faire des niches, leur tirer les oreilles. Charles IX s'usait à la chasse dans les plus violents exercices. Et Henri s'usait de mollesse; il fut fini à vingt-cinq ans. Après deux minutes d'amour il se mettait trois jours au lit.

À seize ans, cependant, il avait une fleur d'esprit, de grâce, d'audace et de malice. J'entends de noire malice, et du plus perfide chat. Son début fut l'assassinat du chef des protestants. Sa fin, l'assassinat du chef des catholiques. Il est le principal auteur de la Saint-Barthélemy. Elle sortit surtout de la fatale concurrence de Henri d'Anjou et Henri de Guise. Tous les deux finirent mal, et le trône passa à Henri de Navarre.

La question revenait dans cette misérable France idolâtrique à savoir qui des trois petits garçons deviendrait le héros. De trois côtés on travaillait.

Le héros, François de Guise, était mort à Orléans. Et l'homme officiel d'un demi-siècle, le connétable, était mort à Saint-Denis. Qui leur succéderait?