Ce qu'aurait voulu Coligny, c'eût été de faire épouser à Élisabeth le petit Henri de Navarre, de marier le protestantisme français au protestantisme anglican. La difficulté était l'âge, tellement disproportionné. Elle âgée déjà, lui enfant.

La cour de France, inquiète cependant, renouvela une idée d'Henri II, celle de marier Henri de Navarre à Marguerite, sœur du roi. Charles IX était très-ardent pour ce mariage. Sachant que l'obstacle était Henri de Guise, aimé de sa sœur, il dit froidement: «Nous le tuerons.» Et il en donna l'ordre. Guise eut peur et épousa une autre femme le lendemain.

La sincérité de Charles IX parut encore à une chose. Les moines ayant lancé la populace de Rouen contre les protestants, dont plusieurs furent tués, le roi y envoya Montmorency, qui pendit quelques catholiques. C'était la première répression sérieuse.

Elle paraît avoir décidé Coligny. Il ne disputa plus. Il en crut Téligny, son gendre, et la plupart des protestants. Il crut le roi sincère (et le roi l'était sans nul doute). Il crut surtout l'intérêt visible de la couronne de France.

Une lettre de Catherine apprend à Londres l'étonnante nouvelle: «Nous avons ici l'amiral, à Blois.» (27 septembre 1571.)

Pas grave et vraiment hasardeux. Dans ce même mois de septembre, cette cour s'était signalée par un assassinat cynique, exécuté en plein jour. Un Lignerolles, homme du duc d'Anjou, essaya de servir le roi et de l'éclairer sur son frère. La mère et le fils parvinrent à faire croire à Charles IX qu'il trahissait des deux côtés, et il le leur abandonna. Ils le firent tuer devant tout le monde, de façon à constater qu'il ne fallait pas se jouer à se mettre entre eux et le roi.

Ce fait sinistre disait le fond que l'on pouvait faire sur un homme comme Charles IX, et prophétisait l'avenir.

CHAPITRE XXI
COLIGNY À PARIS.—OCCASION DE LA SAINT-BARTHÉLEMY
1572

Théodore de Bèze écrivait peu après la Saint-Barthélemy: «Que de fois je l'avais prédite! que de fois j'en donnai avertissement!»

Il était facile de prédire ce que les catholiques criaient dans toutes les chaires dès le temps d'Henri II, ce que le nonce et le duc d'Albe conseillaient depuis dix ans, ce que Pie V recommandait dans toutes ses lettres, ce que Catherine, en 1568 (et sans doute plus tôt), confiait en riant aux ambassadeurs italiens. Nul doute que cette cour indigente n'eût cent fois amusé le pape de cet espoir pour en tirer de l'argent. Catherine, du matin au soir, brocantait la Saint-Barthélemy.