Il n'entra pas moins à Paris, à la droite de Charles IX. Et son premier acte indiqua qu'il ne composerait jamais.
En arrivant rue Saint-Denis, non loin des Innocents, il vit un monument exécrable de fanatisme, une pyramide infamante élevée à la place où avait été la maison de Gastine, un malheureux marchand, brûlé par une assemblée de protestants tenue chez lui. Sur une plaque de bronze on y lisait l'arrêt du parlement. Coligny attesta le traité récent par lequel de tels arrêts devaient être effacés. Grand embarras. Cette pyramide portait au sommet une croix. On n'allait pas manquer de dire, si elle était détruite, que la croix, la croix parisienne était frappée par les impies vainqueurs. On respecta la croix, mais on la transporta avec la pyramide sous les charniers des Innocents (décembre 1571).
Le prévôt des marchands, qu'on chargea de faire la chose de nuit, discrètement, était justement un Marcel qui, plus tard, déchaîna la Saint-Barthélemy. Il avertit son monde. Et le matin, il y eut, sur la place, quelques centaines de coquins pour figurer le peuple, soutenir l'honneur de Paris. Ils soutinrent cet honneur en volant et pillant quelques maisons du voisinage. Absorbés dans ce pieux travail, ils ne virent pas le gouverneur de la ville, Montmorency, qui fondait sur leur dos avec sa cavalerie. Quoique armés jusqu'aux dents, ils ne résistèrent pas. Plusieurs restèrent sur le carreau; un seul fut pris, pendu aux grilles d'une fenêtre, et resta là, pour salutaire exemple.
Les Audin, Capefigue, etc., ont tant dit, répété que c'est le peuple qui a fait la Saint-Barthélemy, qu'on finit par le croire. Une chose montre pourtant que ce peuple était divisé. Il y avait le peuple libre, et le peuple des confréries. Une émeute éclata contre les Italiens, dont certains hôtels furent pillés. Le bruit courut qu'ils volaient des enfants pour les tuer et en fournir le sang à la reine mère et au duc d'Anjou, à qui les médecins ordonnaient, pour l'épuisement, des bains de sang humain. Telle était, chez les Parisiens, la popularité du vainqueur de Jarnac, du héros catholique.
Donc Paris était divisé. Et, si on laissait aller les choses, la grande masse peu à peu inclinerait au parti vainqueur. Coligny arrivait avec la force du succès et de la révolution. Le roi d'Espagne, avec son grand bruit de Lépante, n'en était pas moins écrasé partout.
En Espagne d'abord, où il ne comprima les Maures qu'en leur faisant des concessions.
Dans le Levant ensuite. Les Turcs gardèrent Chypre et refirent leur flotte. Le grand vizir disait plaisamment: «Nous vous avons coupé un membre, qui est Chypre; vous n'avez fait, en détruisant des vaisseaux si vite refaits, que nous couper la barbe; elle a poussé le lendemain.»
Mais Philippe II était bien plus malade aux Pays-Bas. Nous l'avons dit, le duc d'Albe devenait fou de désespoir; Élisabeth arrête son argent au passage. Les corsaires lui saisissent en une fois cinq cent mille écus. Sommée de faire réparation en chassant les corsaires, Élisabeth, pour réparation, lui lance de ses ports les gueux de mer, qui, n'ayant plus d'asile, débarquent en Zélande même et prennent Briel (1er avril). Le 11 avril, malgré la reine mère, Charles IX signe le mariage de sa sœur Marguerite et du roi de Navarre, le 29, l'alliance anglaise.
L'Espagne était bafouée de deux côtés.
En Angleterre, on procédait contre son duc de Norfolk, prétendu de Marie Stuart.