Le seul séjour de Coligny à Paris, et l'attente qui en résultait, donnaient une force énorme au parti protestant.
Il avait perdu un millier d'hommes, il est vrai, devant Mons. Mais il triomphait en Hollande et dans les pays maritimes.
Il ne faut pas s'y tromper, ces succès, cette ardeur volcanique qui saisit la calme Hollande, tinrent en grande partie au débordement du grand parti protestant français qui se répandait dans le Nord. Les nôtres sont alors partout. Et le premier secours que le prince d'Orange envoya à Flessingue, fut un corps de cinq cents Français.
Situation étrange! Le parti s'extravase au nord; le chef reste à Paris, à peu près seul.
Le prince d'Orange, si parfaitement informé, dit que l'amiral n'avait gardé à Paris que six cents gentilshommes. Plusieurs avaient des domestiques; quelques-uns, qui étaient des grands seigneurs, avaient leur maison. Ce n'était guère plus de deux mille épées qui restaient près de Coligny.
L'agent intelligent que Granvelle, alors éloigné, conservait à Bruxelles pour lui rendre compte de tout, le prêtre Morillon, lui écrit qu'on doute que Coligny envoie les siens contre le duc d'Albe, qu'il ne ferait finement de se tant désarmer. Finement? Non, sans doute. L'amiral ne fit pas finement. Le prêtre Morillon et le prêtre Granvelle auraient été plus fins. Ils eussent gardé une armée autour d'eux.
On voit que ces deux politiques, Granvelle et Morillon, ne regardent que la Belgique. Granvelle écrit (11 juin): «Tout l'espoir que nous avons est que ceux des Pays-Bas ne voudront pas être Français.» Prévision très-juste. À la déroute de Genlis, ou vit les paysans du Hainaut tomber sur les vaincus, égorger leurs libérateurs; les prêtres faisaient accroire à ces idiots que nos protestants français venaient faire un massacre général des catholiques.
Mais si les nôtres échouèrent en Belgique, ils réussirent à merveille en Hollande. Partout, dans ces villes du Nord, nos Français se jettent intrépidement, et ils ne contribuent pas peu à ces résistances désespérées dont la Hollande étonna le monde. Elle commence dès lors, cette France hollandaise, si glorieuse pendant cent cinquante ans.
Là échoua tout prévision; le calcul de Granvelle, très-bon pour la Belgique, est faux pour la Hollande. De plus en plus, ces éléments s'associeront; il se fera un admirable mariage, de cet ardent élément français, de vive étincelle d'héroïsme méridional, avec la force hollandaise, l'héroïque persévérance du Nord. Et c'est pourquoi la Hollande fut la pierre de la résistance, l'asile universel et le salut du genre humain.
Le sacrifice de Coligny a porté ses fruits. Son sang n'a pas été perdu. Son obstination courageuse à rester à Paris en juin, en juillet et en août 1572, avec tel péril que tout le monde voyait, fit l'espérance même, l'audace et l'élan du parti.