Un petit conseil secret de la reine et des Italiens avait eu lieu à l'écart, non au Louvre, mais aux Tuileries, par-devant le roi. Leur avis, original et singulier, était qu'il fallait profiter du mouvement, laisser les Guises égorger les chefs protestants; le roi surviendrait alors, tomberait sur les Guises affaiblis, se trouverait débarrassé des uns et des autres, de tous les grands, et vraiment roi.
Conseil italien et classique, d'après les modèles célèbres que les petits princes italiens avaient laissés en ce genre, mais ici inapplicable. Le roi était loin de pouvoir se débarrasser des Guises, étant en réalité plutôt dans leurs mains.
Il paraît du reste avoir goûté très-peu ces conseils. Un domestique des Guises ayant été arrêté, ils vinrent hypocritement dire à Charles IX qu'accablés par la calomnie et dans la disgrâce du roi, ils demandaient la permission de se retirer. Le roi dit: «Vous pouvez partir. Je saurai bien vous retrouver, s'il faut faire justice.» Ils se mirent seulement en route et s'arrêtèrent dans les faubourgs.
C'était le samedi soir (23 août). La reine mère fit un effort décisif près de son fils. Elle lui montra qu'il était seul, avec son petit régiment des gardes; que les protestants allaient appeler à eux des renforts, soulever toutes les villes; que les catholiques eux-mêmes, s'il n'agissait pas, agiraient sans lui, nommeraient un capitaine général. C'était lui dire précisément ce qui se fit dans la Ligue.
Elle lui dit: «Vous n'aurez pas une seule ville en France où vous retirer.
Ce qui me prouve que le récit attribué au duc d'Anjou est vraiment de lui ou d'un homme à lui, c'est qu'à ce moment il dissimule la situation honteuse où se trouvèrent les coupables (lui, sa mère et Retz), et suppose que Catherine réussit auprès du roi. Tavannes (homme du duc d'Anjou) suit la même tradition, la moins humiliante pour le fils et la mère.
Mais voici le grand, le véritable, le naïf historien de la Saint-Barthélemy, Marguerite de Valois, qui nous apprend que le fils et la mère, repoussés apparemment par Charles IX, dans leur peur et dans leur danger, lui envoyèrent un homme qui pleurât pour eux et le décidât au massacre qui seul pouvait les sauver. Cet homme était Retz (Gondi), ex-gouverneur de Charles IX.
Marguerite nous apprend que, le lendemain dimanche, les huguenots en corps devaient venir au corps accuser Guise solennellement devant le roi. Guise, contre qui tant de preuves se réunissaient, n'eût pu ni voulu nier un coup qui le mettait si haut dans la faveur des catholiques; mais il eût dit qu'il n'avait rien fait que sur l'ordre de l'autorité légitime, l'ordre de monseigneur le duc d'Anjou, lieutenant général du royaume.
Ainsi, tout se fût dévoilé à la face du monde.
Anjou et Catherine allaient être convaincus d'avoir voulu tuer Coligny, parce que Coligny poussait le roi à mettre hors de France son dangereux héritier. Cela était trop évident. Avec un homme soudain et violent comme Charles IX, Anjou eût fort bien pu périr, et Catherine, menacée tant de fois d'être renvoyée en Italie, eût probablement, à ce coup, repris le chemin de Florence.