Donc, le samedi 23 août à dix heures du soir, les deux coupables, la mère et le fils, firent avouer leur cas honteux, en tâchant de donner le change sur leurs vrais motifs. Retz dit au roi, dit Marguerite: «Que le coup n'avoit été par M. de Guise, mais que mon frère le roi de Pologne et la reine ma mère avoient été de la partie.»
Pourquoi: «Parce que la reine mère avoit voulu se venger de la mort de Charny.» Bourde grossière, qu'on dut faire difficilement avaler à Charles IX. Il connaissait trop sa mère, qui n'avait ni cœur ni âme, ni amour ni haine, nulle vendetta, à coup sûr.
À l'appui de cette sottise qui ne prenait pas, Retz ajoutait tout doucement que: «Si le roi continuoit en la résolution qu'il avoit de faire justice de M. de Guise, il était en danger lui-même, puisque sa famille était accusée.»
Mais Charles IX faisant apparemment la sourde oreille, Retz ajoutait: «Que les huguenots étoient en tel désespoir, qu'ils s'en prenoient non-seulement à M. de Guise, à la reine, à M. d'Anjou, mais qu'ils croyaient aussi que le roi en fût consentant et avoient résolu de recourir aux armes la nuit même. De sorte qu'il voyoit Sa Majesté dans un très-grand danger, soit du côté des huguenots, soit des catholiques par M. de Guise.»
C'était le samedi 23 à dix heures du soir, on voulait agir à minuit. Pour être en mesure, il fallait tirer un ordre immédiat. Ainsi, pas un moment de délibération; il lui fallut se décider sur l'heure et sans remise, trancher en un moment sur la résolution suprême qui allait, à partir de cette minute, retenir à jamais, emporter sa mémoire dans l'exécration éternelle!
La peur est contagieuse. Il est probable que la peur visible de ce lâche Italien, sa pâleur, sa mine basse, courbée, son frissonnement, gagnèrent Charles IX. Sur son attitude hautaine, et sur sa colère au retour de Meaux, on l'avait cru brave. Mais il était, tous les récits l'attestent, d'un tempérament nerveux, d'une imagination infiniment impressionnable. La nuit, la situation imprévue, la pensée surtout d'avoir dans le Louvre même trente ou quarante protestants des plus redoutés, un Pardaillan, un de Piles, les premières épées de France, tout concourut à la terreur.
Ajoutons une circonstance, la première que je vais emprunter aux récits protestants (jusqu'ici je n'ai rien tiré que des sources catholiques). On apprit à Charles IX que le peuple était armé!—Et comment cela? dit-il étonné.—Votre Majesté elle-même avait ordonné que chacun fût à son quartier.—Oui, mais j'avais défendu que personne prît les armes.
Cet étonnement du roi ne se trouve que dans la Relation protestante. Fait grave déjà prouvé par les Registres de la ville. D'autant plus grave et naïf ici, qu'il échappe à l'auteur de la Relation contre son propre système, et dément la longue préméditation qu'il attribue à Charles IX.
Retz n'a point écrit de mémoires malheureusement. Nous ne savons pas par quel moyen décisif il gagna sa cause.
Seulement il faut se rappeler qu'on parlait à un homme de tête bien peu solide, poète et fort imaginatif. L'Italien dut l'emporter, non en atténuant la chose, mais plutôt en la grandissant, en rappelant les massacres illustres de l'histoire, comme les Vêpres siciliennes, mystérieuse et soudaine extermination d'un grand peuple en une nuit, saignée immense, vastes ruisseaux de sang...