Charles IX, dans sa visite à Coligny, avait demandé et vu la manche de son habit encore trempée de sang et de rouge. Une très-mauvaise vue pour un fou. Il s'était fort exalté, regardant toujours cette manche: «Quoi! c'est là, répétait-il, le sang, le véritable sang de ce fameux amiral!»
Il paraît qu'au beau milieu de l'animation il lui revint une terreur. Mais si les protestants se vengent, s'ils se soulèvent par toute la France, s'ils ont des armées étrangères, etc.
À cela, le doux Italien eut une réponse facile: c'est que MM. de Guise prenaient tout sur eux, qu'ils en faisaient une affaire de vendetta, de famille, une querelle personnelle, et nullement une affaire générale de religion. La chose resterait ainsi comme ces vieilles querelles de villes italiennes, comme les meurtres de La Scala, comme les vengeances mutuelles des Montaigu, des Capulet.
Le roi pouvait dormir sur les deux oreilles. Le dimanche soir, tout serait fini, Guise partirait de Paris. Et en même temps une lettre du roi pour toute la France: «Les Guises et les Châtillons se sont battus; on n'a pu les en empêcher; le roi le déplore, mais il s'en lave les mains.»
Lâche et bas conseil d'un cruel poltron, mais qui trouva le roi à son niveau.
Ce ne fut guère qu'entre onze heures et minuit que Charles IX, après ces deux longues conversations, entamé par sa mère d'abord, achevé par Retz, fasciné et magnétisé par la peur de ce misérable, défaillit et consentit...
On était si peu sûr de ses résolutions, qu'en envoyant l'ordre à Guise et à Marcel, ex-prévôt des marchands, la reine mère décida que le signal sonnerait, non pas d'abord à l'horloge du Palais, assez éloignée, mais à l'église même du Louvre, à Saint-Germain-l'Auxerrois.
Chose bizarre, mais très-naturelle, l'ayant enfin emporté, elle commença à avoir peur de sa propre résolution. Tavannes et le duc d'Anjou l'avouent unanimement. «Elle se serait désistée, dit Tavannes, si elle avait pu.»
«Nous allasmes, dit le duc d'Anjou, au portail du Louvre joignant le jeu de paulme, en une chambre qui regarde sur la place de la basse-cour, pour voir le commencement de l'exécution. Où nous ne fûmes pas longtemps, ainsi que nous considérions les événements et la conséquence d'une si grande entreprise (à laquelle, pour dire vray, nous n'avions jusques alors guères bien pensé), nous entendismes à l'instant tirer un coup de pistolet. Et ne sçaurois dire en quel endroict, ni s'il offensa quelqu'un: bien sçay-je que le son seulement nous blessa si avant en l'esprit, qu'il offensa nos sens et notre jugement, esprit de terreur et d'appréhension des grands désordres qui s'alloient alors commettre. Et pour y obvier, envoyasmes soudainement et en toute diligence un gentilhomme vers M. de Guise, pour lui dire et espressément commander qu'il se retirât en son logis, et qu'il se gardât bien de rien entreprendre sur l'admiral, ce seul commandement faisant cesser tout le reste. Mais tôt après, le gentilhomme retournant nous dit que M. de Guise lui avoit respondu que le commandement étoit venu trop tard et que l'admiral étoit mort.»