On força alors la porte de la chambre, et deux hommes entrèrent les premiers, deux serviteurs des Guises: l'un, le Picard Attin, qui était au duc d'Aumale, nourri chez lui longtemps pour tuer le frère de l'amiral; l'autre était un Allemand, Behme, attaché à la personne de Henri de Guise, qui passait pour aimer beaucoup le jeune prince et le gouvernait entièrement. Il fut récompensé plus tard par un riche mariage avec une bâtarde du cardinal de Lorraine qui avait été élevée en Espagne près de la reine Élisabeth. Behme fut comblé des dons du roi d'Espagne, mais finit misérablement.

Avec ces deux meurtriers, se trouvaient Sarlabous, le gouverneur du Havre, ex-capitaine de Coligny, qui venait tuer son chef pour constater sa foi de renégat.

Attin a raconté plus tard qu'ils avaient été interdits de trouver si extraordinairement tranquille un homme qui avait la mort devant les yeux. L'impression fut telle sur Attin que, revenu chez lui, plusieurs jours après, il restait blême et dans une sorte de frayeur.

L'Allemand Behme, qui s'était animé à lever la porte avec un épieu (et qui, sans doute, avait pris du cœur dans le vin), fut plus résolu que les autres. Il avança et osa dire un mot; il demanda ce qu'il savait très-bien: «N'es-tu pas l'amiral?»

Coligny lui dit posément: «Jeune homme, tu viens contre un blessé et un vieillard... Du reste, tu n'abrégeras rien.» Faisant entendre que, malade, frappé de la nature, il était mort déjà, hors de la main des hommes.

Behme, avec un juron horrible, en reniant Dieu, lui poussa dans le ventre cette bûche pointue, ce gros épieu qu'il avait dans la main. On dit que Coligny, assommé de la sorte par cette lourde bête, n'ayant pas même un coup d'épée, sentit son cœur de gentilhomme, et, tombant, lui lança ce mot: «Si c'était un homme, du moins!... C'est un goujat!...»

Alors Behme frappa, refrappa sur la tête. Et les autres, enhardis, vinrent lui donner chacun son coup.

Guise était en bas à cheval dans la cour avec le bâtard d'Angoulême. Il cria: «Behme, as-tu fini?—C'est fait!—Mais M. d'Angoulême n'en veut rien croire, s'il ne le voit.»

Behme alors, avec Sarlabous, prirent le corps par-dessous pour le jeter par la fenêtre. Était-il, n'était-il pas mort? On ne le sait. Il se trouva par le trouble des meurtriers, ou par je ne sais quel réveil de vie et de résistance, que le corps s'accrocha un moment à la fenêtre; cependant il tomba.

Ces assommeurs savaient si mal leur métier, que, frappant à tort, à travers, ils avaient justement gâté ce qu'eût le mieux gardé tout sage bourreau, ce qu'on expose, le visage et la tête. Les deux grands seigneurs, descendus de leurs chevaux, avaient beau regarder. Cependant le bâtard «lui torcha la face,» et, écartant le sang, dit: «Ma foi, c'est bien lui.» Et il lui donna un coup de pied. Certains disent que Guise en fit autant et lui donna du pied dans le visage.