Nous simplifierons fort si, dès d'abord, en 1548, nous indiquons le but où vont ces fous, par un circuit immense d'intrigues, de dépenses et de guerres, en douze années, vers 1560.
L'Espagne alors apparaîtra ruinée. À Granvelle éperdu qui lui expose l'épuisement des Pays-Bas, Philippe Il communiquera en confidence son budget espagnol en déficit de neuf millions sur dix! (Granv., VI, 156.)
Et la France, qui n'a pas les Indes, à plus forte raison est ruinée. Les Guises, maîtres de tout en 1560, et vrais rois, seraient morts de faim dans leur royauté, sans une razzia à la turque sur leur propre parti, sur l'évêque et le clergé de Paris, qu'ils frappent d'un emprunt forcé avec contrainte par corps.
Ruine d'autant plus radicale qu'elle est universelle. La grande crise sociale et financière du siècle, précipitée par le changement des valeurs monétaires et l'enchérissement monstrueux de toutes choses, dessèche la source de l'impôt. Le fisc, cette pompe âprement aspirante, où plonge-t-il? dans nos poches vides; et qu'en aspire-t-il? le néant.
Dès la première année du règne d'Henri II, en 1547, on voyait parfaitement où on allait. Le déficit annuel était déjà d'un demi-million, et dès qu'on augmenta l'impôt, il y eut révolte. On ne vécut plus que d'expédients, du fatal expédient surtout de vendre des charges, de prendre un peu d'argent comptant en grevant de nouveaux salaires les années suivantes et l'avenir.
Les rêves et les folies de François Ier en 1515, avec la forte France d'alors, étaient des folies de jeune homme; celles des Guises et de Diane, en 1547, avec une France ruinée, étaient une démence d'aliénés, une désespérée furie de joueurs, disons le mot, un jeu d'aventuriers qui, ayant peu à perdre, bravent la chance, et mettent les enjeux sur la carte la moins probable.
Quelle était cette carte? Nous le savons par leurs flatteurs de Rome, par le cardinal du Bellay, qui, pour regagner son crédit, mériter son retour en France, entre dans leur pensée et caresse leur rêve. Quel rêve? la conquête d'Italie, toujours la vieille idée de leur maison, toujours René d'Anjou, l'expédition de Naples. Dans cette voie de folies, ils prennent hardiment la plus folle. Du Piémont envahir Milan, c'est chose trop raisonnable encore. Non, il leur faut les Deux-Siciles.
Et routiniers autant que chimériques, sur quel appui comptent-ils pour recommencer ce roman? sur le pape, dès longtemps fini, sur Parme, sur les petits princes italiens, sur Ferrare, dont François de Guise se dépêche d'épouser la fille. Mais qui ne voyait que l'Italie était morte? Qu'était devenue Rome? un désert! Telle la représenta Rabelais dès 1536. Le pape? une ombre. Le duc d'Albe en parle avec un dur mépris. (Granv., VII, 284.)
Le moindre bon sens indiquait qu'il n'y avait que deux choses à faire:
L'une, vraiment sensée, tendre la main à la nation militaire qui prêtait des soldats à toute l'Europe, à l'Allemagne, l'aider à défendre la liberté religieuse contre les Espagnols. En quoi faisant, du même coup on s'assurait l'Angleterre, où montait le flot du protestantisme.