L'autre parti, humiliant, triste et bas, mais possible pourtant, c'était de marcher avec l'Espagne et dans son mouvement. C'était la secrète pensée de Montmorency, qui fut toujours (lettre du duc d'Albe, Granv., VII, 281) foncièrement espagnol, et que l'Espagne tâcha toujours de maintenir au gouvernement de la France.

Mais cet homme, sous forme rude, hautaine, était le courtisan des courtisans. La folie étant en faveur, il suivit le parti des fous.

Ce troisième parti, celui des Guises et de Diane, parti non espagnol, et pourtant catholique voulait faire la guerre au roi catholique et combattre son propre principe.

Ce qui les rendait forts, prépondérants dans le conseil, c'est qu'ils tenaient l'Écosse par leur sœur, et se chargeaient de faire une Écosse française, de mettre en France la royauté d'Écosse en livrant au roi leur nièce, la petite Marie Stuart, qu'épouserait le Dauphin. Et l'enfant, en effet, nous fut livrée en 1548.

Cela semblait un beau succès, une forte garantie contre l'Angleterre. Une garantie, mais trois dangers:

1o On rendait l'Angleterre irréconciliable, implacable et désespérée, lui mettant la France même dans son île, une grande colonie française «des seigneuries pour un millier de gentilshommes.»

2o Cette Marie de Guise qui livrait son enfant, livrait-elle l'Écosse, ou n'allait-elle pas par cette trahison donner des forces incalculables aux Écossais protestants et en faire le parti national?

3o Comme on ne tenait l'Écosse que par une intime alliance avec les violents catholiques, avec le grand brûleur des protestants, l'archevêque de Saint-André; comme on se portait pour son défenseur (et vengeur quand il fut tué), on associait la politique aux phases variables, incertaines, de la révolution religieuse.

Dès lors, comment s'entendre avec l'Allemagne, avec les grands ennemis de l'Empereur, les luthériens? Condamnée aux démarches les plus contradictoires, papiste pour l'Écosse et pour le roman d'Italie, et d'autre part défenseur hypocrite des libertés de l'Allemagne, la France allait apparaître à l'Europe comme un hideux Janus à qui ne se fierait personne.

Deux ans durant, cette France des Guises ne regarda que vers l'Écosse, vers l'Italie, et oublia la grande affaire du monde, l'Allemagne, l'oppression de l'Empire.