Il l'avait rencontré dans une hôtellerie et il avait été frappé de sa haute mine, de sa noble et martiale figure, encadrée de cheveux d'un châtain doré, de barbe blondoyante, une face de Phœbus Apollo. De tels dons préparaient ce héros de la mode.

Ardent jeune homme, et non sans éloquence, mais de trop peu de poids, Joachim parla pour un autre, l'exalta, l'adora, le mit sur le pavois. Il lança à la fois et l'homme et la doctrine.

Dans son Illustration de la langue française, cette langue naît, à l'entendre, et elle n'a pas eu de poète. Notre littérature commence; elle bégaye, mais elle va parler. Qu'elle ceigne le laurier antique, qu'elle se pare et s'orne sans scrupule des dépouilles de Rome vaincue et surpassée.

À ce moment, Ronsard saisit sa lyre, chante le roi, les Guises et à tout à l'heure Marie Stuart. Personne ne comprend; tous admirent. Les jeunes font cercle autour de lui; leur brillante pléiade entoure de ses respects l'Homère patenté d'Henri II.

On lui fait sa légende. Il est né justement dans la triste année de Pavie. La France, qui perdait son roi, concentra ses puissances et se dédommagea; elle enfanta son roi de poésie.

S'il naquit aux terres prosaïques du Vendômois, il tire sa lointaine origine des rives du Danube et du pays d'Orphée. Cet Orphée gentilhomme est le marquis de Thrace. Ou lui crée cet illustre fief.

Si on le comprend peu, comment s'en étonner? L'antiquité elle-même, ressuscitée en lui, daigne parler français; c'est la langue des dieux; tout dieu parle en oracle. Étudiez et vous pourrez comprendre. Il est passé le temps où cette langue, basse et vulgaire, voulait être entendue de tous:

Odi profanum vulgus, et arceo.

À ce poète des rois, la cour tresse un laurier royal. Le succès double son effort, sa joue enfle, il souffle sa trompe. Tous soufflent après lui. Et la France n'a plus rien à envier à l'ampoule espagnole. Le genre sublime et vide est créé pour toujours. L'homme change, et le genre reste. Le XVIIe siècle, habile et littéraire, soufflera plus habilement. La trompette est toujours l'instrument national. Tous y soufflent, et jusqu'à Bossuet. Voyez ces chérubins bouffis, ces tritons effrénés de la grande galerie de Versailles. Ils sonnent à crever, pour la gloire de l'astre nouveau pour lequel l'enflure s'est enflée dans un crescendo de deux siècles. Au royal empyrée où brilla jadis le Croissant, triomphe le soleil en perruque, effigie de Louis XIV.

Revenons au XVIe siècle. Pendant ces chants et ce triomphe, six mois après son avantage, la France reçoit le plus sensible coup. Charles-Quint relevé est plus haut que jamais dans l'opinion de l'Europe. La mort d'Édouard VI met sur le trône d'Angleterre la catholique Marie, qui se donne à l'Espagne, à Charles-Quint, à Philippe II son fils. Un miracle se fait pour le pieux enfant. L'Angleterre paraît catholique. Philippe, protecteur et restaurateur de la foi, entre dans le grand rôle qu'il doit garder jusqu'à la mort (1554).