Il est le vrai, le légitime chef du parti catholique, et la France est le faux. La fausse position de celle-ci va dès lors éclater, et sa contradiction. Violemment catholique chez elle et en Écosse, il lui faudra, en Angleterre, s'associer traîtreusement aux conspirations protestantes.

Rien de plus curieux que de voir l'étrange fantasmagorie de cette révolution dans les dépêches de Renard, l'envoyé d'Espagne, qui conseilla Marie, la poussa, la soutint. L'affaire fut un malentendu. Le grand bouleversement économique et social qui changeait l'Angleterre prit, comme tout prenait alors, une apparence religieuse. L'Angleterre, protestante de cœur (le pape l'avoue six mois après), porte, ou laisse porter au trône Marie la catholique. Pourquoi? l'Angleterre croit revenir au bon temps, aux premières années d'Henri VIII.

Marie, d'autre part, ignorante, intrépide de son ignorance, qui ne sait rien, ne comprend rien, croit toute l'Angleterre catholique. Vieille fille et fille d'Henri VIII, Aragonaise de mère, âcre de passions retardées, la petite femme, maigre et rouge, va droit, sans avoir peur de rien. Où? à la messe et au mariage.

Péril énorme! La première messe fait une sanglante émeute à Londres. Par toutes les campagnes, ses partisans détrompés prennent les armes. Elle tient bon, tue sa parente Jeanne Gray, reine des révoltés. Et elle est bien près de tuer sa sœur Élisabeth. Sans souci des Anglais, elle appelle l'infant qu'elle aime sur sa réputation. Ce fatal personnage apparaît, pour la première fois, beau comme le spectre de Banco, séducteur et irrésistible: «Il est maigre, petit, de jambes grêles, mais fort velu de corps, donc, porté à l'œuvre de chair.»

Ce trait des jambes grêles est de grande conséquence. C'est le signe de l'homme assis, du scribe infatigable qui passera sa vie à une table. Flamand pâle et blondasse, aux yeux ternes et de plomb, quoiqu'il ait toujours travaillé à imiter les Castillans, il offre le vrai type d'un patient commis, d'un laborieux et sombre bureaucrate, méritant et très-appliqué. Du reste, nul talent. Une œuvre personnelle en fait foi, c'est la lourde lettre, pédantesque et tristement plate, qu'encore infant il écrivit comme accusation d'Henri II. (Granvelle, V, 81.)

Sa femme, qui, en quatre ans, brûla vifs trois cents protestants, écrasant le pays (jusqu'à inquiéter Philippe même), lui donna le renom d'avoir refait l'Angleterre catholique et la bénédiction du clergé en Europe. Elle le sacra roi de tout l'ancien parti. Il put perdre Marie et perdre l'Angleterre, il n'en garda pas moins cette position unique de chef d'une religion.

Ni Rome ni la France ne comprenaient cela. Qui se souciait du pape? Le vrai pape, c'était le roi d'Espagne, le restaurateur de la foi en Angleterre. C'est pour lui qu'on priait dans toutes les églises, pour lui que les jésuites et les moines travaillaient partout.

Ce fut aux Guises une insigne faute de s'associer aux fureurs du vieux pape Caraffe (Paul IV) contre le roi catholique. Les papes, depuis longtemps, n'avaient de but ni de moteur que l'esprit de famille. Paul III n'avait songé qu'aux Farnèse ses neveux, et avait appelé jusqu'aux luthériens pour les soutenir. Jules III s'était vendu à l'Espagne pour faire son neveu prince. Caraffe, le furieux Paul IV, violent inquisiteur, et croyant n'agir que pour l'Église, suivait les haines d'un neveu. Celui-ci, longtemps militaire au service des Espagnols, un brutal soldat, un bandit, n'y avait rien gagné et leur gardait rancune. Il lança son oncle, à l'aveugle, dans une folle guerre contre l'Empereur et Philippe, et cela au moment où Philippe était en vénération, en bénédiction, dans tout le monde catholique.

La France, qui vivait de hasard, à un mois ou deux de distance, fit deux traités contraires avec et contre l'Empereur, par les Guises une ligue de guerre (déc. 1555), par le connétable un traité de paix (février 1556).

Qui l'emporterait des deux partis? Ce qui, je crois, décida pour la guerre, ce fut une intrigue de cour qui compromit la royauté de Diane, et lui fit désirer d'occuper Henri II par les périls d'une situation nouvelle.