Cette fidélité tant chantée par les poètes du style soutenu ennuyait le roi à la longue. La reine voyait bien que Diane baissait; mais comment hasarder de susciter au roi un caprice, une fantaisie, qui l'affranchît de son vieux joug? Catherine s'y prit adroitement. En 1554, le roi étant attendu à Saint-Germain, elle organisa une petite mascarade maternelle, déguisant ses filles en sybilles, avec la jeune Marie Stuart et une autre princesse, toutes enfants de douze ou treize ans. Pour compléter le nombre, elle y joignait une enfant un peu plus âgée, une petite fille écossaise, miss Flaming, jolie, parleuse, hardie.

L'effet désiré fut produit. Les grâces enfantines de cette tendre jeunesse repoussaient la vieille maîtresse dans la caducité. Les choses allèrent si bien, que cette enfant eut un enfant du roi. Caprice dangereux. La petite prit sa honte avec un orgueil intrépide, qui pouvait rendre le roi fou; elle allait déclarant la chose, faisant trophée, triomphe, d'aimer le plus grand roi du monde.

Il n'y avait pas un moment à perdre pour distraire Henri II par une guerre. C'était bien pis que la fenêtre de Trianon et la dispute de Louis XIV et de Louvois qui poussa celui-ci à décider la guerre européenne.

Les Guises y avaient hâte, non-seulement pour leur roman de Naples, mais aussi pour une chance de conclave. Le vieux pape était si colère, et il arrosait tant sa colère de vin du Vésuve, qu'il pouvait un matin être emporté par un accès. Si l'armée française était là, le cardinal de Lorraine n'eût pas manqué d'être élu pape; lui pape, et Guise roi de Naples, tous deux maîtres de l'Italie.

En lisant les dépêches des envoyés de France, on voit bien que ce pape Caraffe était constamment ivre ou fou. Nulle scène plus comique. Des heures de suite, à perdre haleine, il faisait la guerre en paroles, disant qu'il allait faire Henri II empereur, ses fils rois des Lombards, rois de Sicile ou cardinaux. Mais point de paix! À ce seul mot de paix, regardant de travers les deux Français: «Prenez-y garde! si vous voulez la paix, je n'irai pas me plaindre au roi; je vous coupe la tête... Vos têtes! j'en couperais de pareilles par centaines! le roi ne s'en souciera guère.» Il continua jusqu'à ce qu'il ne put plus parler.

Il faisait le procès à Philippe II, appelait Soliman et les luthériens. Le duc d'Albe fut obligé de le mettre à la raison.

Il était près de Rome, que Guise était à peine parti de Saint-Germain (novembre 1556). Le fameux défenseur de Metz ne put pas faire grand'chose en Italie. À la première place qu'il prit, les habitants furent massacrés. La seconde, Civitella, instruite par un tel exemple, fit une résistance désespérée. Guise s'y morfondit. La nouvelle d'une grande défaite, celle de Saint-Quentin, qui le rappelait en France, lui vint fort à propos. «Partez, lui dit le pape. Aussi bien, vous avez peu fait pour le roi, moins pour l'Église, et rien pour votre honneur.» Le duc d'Albe finit cette guerre d'enfant, en demandant pardon au pape, dès lors sujet du roi d'Espagne.

Cependant une intrigue nouvelle avait changé, en France, la face des choses. Marie Stuart, fiancée du Dauphin, avait atteint seize ans et sa suprême fleur, et déjà elle était la reine. Elle dominait, entraînait, troublait tout. La triste Catherine et la vieille Diane, toutes les deux reculaient dans l'ombre, en présence du soleil naissant. Les Guises poussaient au mariage. Diane et Catherine, inquiètes, s'étaient liguées pour l'ajourner.

Que fit le cardinal de Lorraine? une chose inattendue et monstrueuse. Pour rompre cette ligue, il se rapprocha de la reine, lui immolant Diane, l'auteur et créateur de la fortune des Guises, la reniant, plaignant les siens d'avoir dérogé jusqu'à épouser sa fille.

Diane, en décadence, déjà persécutée du temps et des années, se sentant manquer sous les pieds son soutien naturel, fut heureuse de voir son ancien allié, Montmorency, lui revenir. Il lui demanda pour son fils aîné la bâtarde Diane, légitimée de France, qu'on croyait fille de la grande Diane. Ce n'est pas tout, le raccommodement alla si loin, que, pour son second fils, il lui prit sa petite fille. Alliance complète et sans réserve qui irrita fort Catherine.