Ainsi montait l'horrible flot. La justice semblait avilie; le nom même du roi était en jeu. Diane s'effraya; elle voulut à tout prix la paix et le retour de Montmorency pour l'opposer aux Guises.

Les difficultés étaient moindres. Marie venait de mourir, et Philippe devenu veuf espérait peu épouser sa sœur qui succédait; il insista moins pour Calais. Nous le gardâmes, et les Trois Évêchés. Toutefois à la très-dure condition de renoncer à l'Italie, en rendant le Piémont, non-seulement le Piémont, mais la Savoie, et plus que la Savoie, le Bugey (l'Ain), de sorte que le duc de Savoie se trouva avancé jusqu'à dix lieues de Lyon. Gardant Calais, nous nous fermons au nord, mais pour nous ouvrir au midi.

Les vieux qui se souvenaient de Cérisoles et de François Ier, de cinquante ans de guerre, faisaient la lamentable énumération des deux cents places fortes que la France rendait d'un trait de plume;—une autre place encore, les Alpes, la grande citadelle que Dieu a mise au milieu de l'Europe.

Deux petits débris italiens qui faisaient mine encore de vivre furent laissés là à leur destin, nos amis de Sienne et nos amis de Corse, abandonnés, livrés. Des Alpes à l'Etna, on n'entendit plus une haleine qui fit souvenir de la grande Italie.

On avait autre chose à faire. Montmorency avait hâte de rentrer, et Philippe II de le renvoyer; il ne souffrit pas qu'il payât sa grosse rançon de connétable, lui fit grâce, dit-on, de deux cent mille écus.

Mais les Guises non moins voulaient traiter. Le cardinal, d'accord avec Granvelle, sentait que les deux monarchies n'avaient d'ennemis que le protestantisme. Un rôle immense allait s'ouvrir en France au cardinal inquisiteur, au duc, chef populaire, épée des catholiques.

Philippe II devait épouser la fille du roi de France. Et celui-ci épousait l'Inquisition, désormais établie en France, aux Pays-Bas, partout. Cet article secret fut révélé à Guillaume d'Orange, l'un des ambassadeurs d'Espagne. Par qui? Par Henri même, qui le croyait instruit. Le Taciturne écouta, ne témoigna aucun étonnement, mais se le tint pour dit, et dès lors prit ses mesures. Il le déclare dans son Apologie.

Sous ces joyeux auspices, deux mariages allaient avoir lieu: sur-le-champ, le Dauphin épouse la reine d'Écosse, Marie Stuart (24 avril), et tout à l'heure le duc d'Albe va venir épouser pour son maître notre princesse Élisabeth.

Le mariage écossais, accompli malgré Diane et la reine, fut le sceau du triomphe des Guises. Ils firent écrire par l'épousée que, si elle mourait, elle donnait l'Écosse à Henri II; que, de son vivant même, la France aurait l'usufruit de l'Écosse jusqu'au remboursement de ce qu'elle avait avancé. Enfin elle signa une protestation contre les lois et constitutions de l'Écosse qu'elle allait jurer. Trois crimes et trois fautes. À quoi ils ajoutèrent la faute insigne de lui faire prendre les armes d'Angleterre, sûr moyen de lui rendre Élisabeth hostile, implacable, et jusqu'à la mort.

Ils voulaient exiger des Écossais, venus pour le mariage, les joyaux et la couronne d'Écosse. Les ambassadeurs refusèrent, et le malheur voulut qu'ils mourussent peu de jours après.