Non sans cause. Dans les murs mêmes d'Amboise, et parmi les supplices, contre les Guises venait de se former le tiers parti.
Observons-en bien la naissance. Ceux qui, par devoir ou hasard, se trouvèrent au fatal château dans ce moment d'horreur, les Châtillon spécialement, en désapprouvant la révolte, cherchèrent inquiètement par où l'on contiendrait les Guises.
Le jeune roi, âgé de dix-sept ans, nerveux et maladif, avait été d'abord fort ému de l'affreux spectacle. Il en avait pleuré, disant toujours: «Hélas! qu'ai-je donc fait à mon peuple?»—Puis, entendant les condamnés n'accuser jamais que les Guises, il en avait fait la remarque, comprenant très-bien que l'entreprise n'était nullement, comme on le lui disait, dirigée contre lui.
Cette faible et pauvre volonté ne s'appartenait pas. Deux femmes se la disputaient, sa mère, sa jeune épouse. De quel côté pencherait-il? Cette grande question, décisive pour la France, était toute dans la chambre à coucher. Jeune et malade, il avait bien ses faiblesses natives pour sa mère et nourrice. Mais qu'était tout cela contre un mot de Marie Stuart?
La mère, plus que prudente, et n'osant même souffler devant les Guises, avait cependant pris parti dans l'amnistie accordée le 2 mars. Le messager royal qui porta l'acte au parlement y ajouta ce mot: Que le cardinal de Lorraine demandait qu'on attendît quatre jours et qu'on fit des processions dans Paris, mais que la reine mère engageait à enregistrer sans attendre.
Voilà la première et timide révolte de Catherine.
Elle intervint, et avec beaucoup d'insistance, pour que l'on sauvât Castelnau, apparenté à maintes grandes familles qui, disait-elle, ne pardonneraient jamais sa mort. D'autres, surtout les Châtillon, prièrent aussi pour lui. On poursuivit les Guises de prières et de caresses jusque dans leur chambre. On ne tira du cardinal qu'un mot: «Il mourra, et personne ne viendra à bout de l'empêcher.»
Je ne vois point que la jeune Marie Stuart, alors toute-puissante, se soit jointe à sa belle-mère. Elle avait été élevée par le cardinal de Lorraine, et ne faisait qu'un avec lui. Les lettres de sa plus tendre enfance, qui témoignent d'une précocité d'esprit extraordinaire, montrent aussi combien elle naquit violente et dure. Elle y félicite sa mère des exécutions qu'elle faisait en Écosse: «Vous avez très-bien fait de ce que voulés faire justice; ils en ont bon besoin.» (Labanoff, I, 6.)
Élevée, dès l'âge de six ans, par sa belle-mère Catherine, qui la faisait coucher près d'elle à côté de ses filles, à peine fut-elle reine, qu'elle devint son espion, mais ouvertement, sans pudeur; elle se fit, à dix-huit ans, gouvernante et surveillante d'une femme de cinquante ans qui lui avait servi de mère, abusant de ce que l'audace et l'insolence lui donnait d'ascendant sur cette personne fine et rusée, mais vile, tenue toujours très-bas, lâche de nature et d'habitude.
Choquant spectacle! de voir la vieille qui tremblait sous la jeune? de voir déjà en cette créature comblée de tous les dons, et qu'on eût voulu adorer, le cœur ingrat, le vilain cœur des Guises et leurs bas instincts de police!