Voilà ce mot qu'on a défiguré.
Condé se trouva libre. Marguerite ne l'était pas. Les Guises sentaient bien que leur péril dès lors était en elle, et la gardaient à vue. Son garde et son geôlier, c'était sa tendre fille Marie Stuart, qui ne pouvait s'arracher d'elle, ne la quittait d'un pas. On savait que, sous main, dans les rares échappées qu'elle avait eues, elle adressait de bonnes paroles aux réformés. Une fois, elle avait cru pouvoir se ménager un moment d'entrevue avec Régnier de La Planche, l'illustre historien protestant. On le sut à l'instant, Catherine jura qu'elle n'avait voulu que trahir La Planche, le faire parler devant les Guises, lui faire livrer les secrets du parti. Et, en effet, elle cacha le cardinal de Lorraine, de manière à pouvoir l'entendre. Elle l'écouta longuement, puis le fit arrêter. Elle obtint cependant qu'il sortît quatre jours après.
Il en fut de même d'une adresse que les réformés lui firent remettre par un jeune homme à son passage entre deux portes; cette pièce fut saisie à l'instant dans les mains de la reine mère par sa belle-fille et portée aux Guises. Catherine, lâchement, abandonna l'homme en péril; mise en face de lui, elle lui reprocha de lui avoir remis un pamphlet qui l'attaquait elle-même. «En quoi? dit-il.—En attaquant MM. de Guise, avec qui nous ne faisons qu'un.»
Le plus bizarre de la situation, c'est que le cardinal de Lorraine, inquiet de cette popularité de Catherine, imagina de lui faire concurrence auprès des protestants. Deux mois après Amboise, ayant à peine lavé ses mains sanglantes, il veut conférer avec eux, les appelle, les accueille, dispute amicalement.
C'est lui qui avait appelé L'Hospital, créature d'Ollivier, légiste, homme de lettres, et grand faiseur de vers latins, panégyriste facile des grands, à la mode italienne. C'était un homme absolument inconnu de la magistrature, et qui avait cheminé sous la terre. Personne ne devinait qu'il fût très-honnête et très-bon, excellent citoyen. Il était fils d'un médecin, d'un proscrit qui avait suivi le connétable de Bourbon. Il avait longuement vécu en Piémont. Le malheur et l'exil l'avaient fort aplati; au dehors seulement, car le cœur était admirable. Plus que sage et plus que prudent, il était secrètement favorable aux réformés, et pourtant le cardinal de Lorraine le croyait son homme. D'Aubigné assure qu'il avait donné, comme sans doute une infinité de gens inconnus, sa petite contribution d'argent aux conjurés d'Amboise.
Dans ce moment les Guises étaient entre l'enclume et le marteau. D'une part, Philippe II les pressait d'acquitter le vœu d'Henri II, et d'accepter l'Inquisition. D'autre part, ils auraient voulu calmer le parti réformé qui partout se montrait en armes. L'Hospital, déjà chancelier (sans avoir encore sa nomination), leur fit habilement le bizarre édit de Romorantin, un édit à deux faces, indulgent et sévère. Il donnait aux évêques le jugement d'hérésie. Nulle peine indiquée que la mort. Voilà pour le sévère, et ce qu'on montrait à l'Espagne. Mais, d'autre part, les Parlements ne jugeant plus, et la mort ne pouvant être prononcée par l'Église seule, les protestants n'avaient à craindre que les punitions canoniques.
Cependant Condé, de retour près de son frère, l'avait ramené au connétable, aux Châtillon. Tous ensemble exigèrent les États Généraux. Les Guises n'osèrent s'y opposer. Seulement ils rusèrent, en faisant seulement une assemblée de notables, intimidant Navarre, l'empêchant d'y venir. Montmorency vint seul, mais avec ses neveux et une armée de gentilshommes. (Fontainebleau, 21 août 1560.)
Les deux partis obtinrent ce qu'ils voulaient. Coligny dit que, sur l'ordre de la reine mère, il avait vu la Normandie, et qu'il en rapportait une adresse des réformés pour obtenir la tolérance. «Par qui signée? dit-on.—Par cinquante mille hommes de Normandie, si vous voulez, demain.» On disputa, mais on promit la tolérance provisoire, et les États Généraux, qu'exigeait aussi Coligny.
En revanche, les Guises se donnèrent à eux-mêmes, au nom du roi, l'indemnité complète, la plus blanche innocence, pour tous leurs actes de finances et de guerre.
L'édit pacificateur est du 26 août. Et le 27, le connétable étant à peine en route pour retourner chez lui, les Guises mettaient à la Bastille un complice du connétable qui, d'accord avec lui et d'autres, écrivait au roi de Navarre, pour l'engager à faire mourir les Guises, dont les États auraient ordonné le procès. Tout cela, disait-on, se lisait dans les lettres qu'on prit sur un messager.