C'était déjà la guerre civile. Et elle éclatait de toutes parts.
Dans le Midi, le parti protestant, tout au contraire de ce qu'on attendait, eut pour lui les meilleures épées, des hommes redoutables qui sont restés célèbres. En Provence, Mouvans, avec une poignée d'hommes, embarrassa, déconcerta, et le gouverneur de la province, et le vieux Paulin de la Garde, fameux par ses campagnes avec les forbans turcs et par le massacre des Vaudois; ce héros des galères fit très-mauvaise contenance devant un vrai héros.
En Dauphiné, plus tard dans le Comtat, commençait ses campagnes l'intrépide et cruel Montbrun.
Un échappé d'Amboise, Maligny, avait entrepris pour le roi de Navarre une affaire aussi grave peut-être que celle d'Amboise: c'était de prendre Lyon. La chose ne manqua que par la lenteur et l'hésitation de ce malheureux Navarrais qui, comme à l'ordinaire, par peur ou par conseil des traîtres, défendit de rien faire et faillit ainsi faire périr ceux qui s'étaient tant avancés.
Saint-André assura Lyon pour les Guises. Leurs lieutenants reprirent le dessus en Provence et en Dauphiné, à force de bonnes paroles et de serments qui suivaient les massacres. Les Guises se trouvaient forts par leur défaite même d'Écosse. Les vieilles bandes leur étaient revenues. Ils crurent pouvoir jouer quitte ou double, attirer Navarre et Condé, les Châtillon, les dégrader par la main du roi même, les faire mourir comme hérétiques.
Projet désespéré, mais non invraisemblable. J'en juge par la ressource non moins extraordinaire qu'ils cherchèrent en octobre dans une somme tirée violemment de leurs partisans mêmes, du clergé de Paris. Elle devait être payée par l'évêque et les grands abbés en six jours. On leur envoyait pour huissier et pour garnisaire un conseiller du roi, qui devait attendre la somme, séjournant à leurs frais, pouvant saisir leur temporel, poursuivre leurs officiers et receveurs, vendre leurs biens, sans forme de justice. Que si, avec tout cela, ils tardent de payer, ce conseiller emmènera l'évêque, les grands abbés et leurs chapitres, qui resteront avec le roi, le suivront, à leurs frais, jusqu'à l'entier payement. (Saint-Germain, 7 octobre 1560.)
Qu'auraient fait de plus les réformés? L'embarras fut extrême. Mais le clergé ne vendit pas un pouce de terre. Il aima mieux engager les reliques.
Un coup si violent, si révolutionnaire, frappé sur les leurs mêmes, donne à penser sur ceux dont ils auraient frappé leurs ennemis. Pour subir de telles choses, le clergé dut attendre des résultats définitifs. Si Navarre et Condé périssaient en effet, leur mort eût commencé dans les provinces une Saint-Barthélemy, comme celle que le Savoyard, au moment même, à l'aide de nos troupes, exécutait sur les Vaudois.
Les deux frères, le roi et le prince, n'en croyaient pas moins de leur honneur de venir à ces États qu'ils avaient demandés. Ils avaient manqué l'assemblée de Fontainebleau; pouvaient-ils manquer celle-ci? La seule question était de savoir s'ils y viendraient en armes. Leurs femmes, ardentes protestantes, la reine Jeanne d'Albret et la princesse de Condé, les priaient, conjuraient, de se laisser accompagner. Dans tout le Midi et l'Ouest, une grande cavalerie protestante s'était levée d'elle-même, d'elle-même réunie à Limoges; elle brûlait d'aller parler aux Guises et de les voir de près. Elle se payait et se nourrissait, et ne voulait des princes que l'honneur de leur faire escorte. Mais les Guises tenaient déjà par ses conseillers le roi de Navarre; ils le tenaient par une demoiselle de la reine mère dont il était amoureux. Il s'ennuyait fort à Nérac près de Jeanne d'Albret, malgré les prêches assidus dont on le régalait. Il avait hâte d'échapper à sa femme. Condé aussi, très-vraisemblablement, suivait un même attrait; tous les avis de son ardente épouse lui faisaient moins d'impression que les plaisirs faciles de la cour de la reine mère. Rien de plus futile que ces deux frères, vrais papillons, nés pour donner droit dans la flamme et se brûler à la chandelle.
Catherine n'ignorait pas certainement l'appeau grossier des Guises; on se servait d'une fille à elle pour amener les princes à la catastrophe qui l'eût annulée elle-même. Elle versa des larmes quand ils entrèrent dans Orléans, et pourtant elle était tellement dépendante, tellement obsédée, dominée par Marie Stuart, qu'elle ne risqua pas un mot pour les sauver.