L'opinion qu'en avait la France est assez constatée par un acte. Après la mort du roi de Navarre et du duc de Guise, Catherine de Médicis offrit la lieutenance du royaume à Christophe, qui refusa (25 mars 1563).
L'offre était-elle sérieuse? Ce qui est sûr, c'est qu'elle voulait faire cet hommage à l'Allemagne dans son plus honorable prince, se concilier la grande nation militaire d'où venaient nos meilleurs soldats.
Et c'est pour la même cause qu'en février 1561, lorsque tout semblait devoir les retenir en France, en plein hiver, les Guises firent le voyage, très-long alors et pénible du Rhin. Ils le firent en corps de famille, quatre frères, le duc, le cardinal de Lorraine, le cardinal de Guise et le duc d'Aumale.
Quel était leur but? Touchant, noble, chrétien: de travailler à leur salut.
Le rendez-vous était à Saverne. Les Guises s'y arrêtèrent et prièrent Christophe de venir, ayant le plus grand désir de s'entretenir amicalement avec lui et avec ses théologiens.
Dès le lendemain de l'arrivée, au matin, le cardinal prêcha, devant les Allemands, un sermon du luthéranisme le plus pur, puis conféra avec les théologiens. Après midi, bonnement, Guise alla voir Christophe et causa de choses diverses; puis lui dit, par occasion, que, n'étant qu'un homme de guerre, il ne s'était guère enquis jusqu'ici de religion, qu'il était fort ignorant, mais qu'il aimerait à s'instruire et à assurer sa conscience. «J'ai été élevé dans la foi de mes pères. Est-elle vraie?... Si elle était fausse, j'en serais fâché...»
L'Allemand était un esprit trop sérieux pour ne pas voir où tendait cette grande affectation de simplicité.
Dans sa réponse, il cacha peu ses motifs de défiance: «Comment se fait-il qu'à Poissy on ait fait porter la discussion sur un seul point, la sainte Cène?» Cependant il ajouta que, si Guise voulait s'instruire, les livres qu'il lui avait envoyés l'éclaireraient; qu'au surplus, s'il avait quelque question à faire, il y répondrait volontiers.
C'est ce mot que Guise attendait: «Les ministres à Poissy nous appelaient idolâtres. Mais qu'est-ce qu'idolâtrie?
«C'est adorer d'autres dieux que le vrai Dieu, de chercher d'autre salut que son Fils.