«Alors je ne suis pas idolâtre, dit Guise. Je n'ai de Dieu que Dieu, et je sais que je ne puis être sauvé que par son Fils, non par mes propres mérites.»
Ici, le sage Allemand, trop sensiblement flatté, perdit la sagesse, et crédulement: «J'entends cela avec joie... Puissiez-vous persévérer!»
Sur la messe, le rusé disciple ne manqua pas également d'être d'accord avec le maître. Christophe, entraîné par la douceur de dogmatiser, fit cependant un effort pour se tenir sur la pente d'une séduction qu'il sentait, tout en y cédant. Il reprit, avec un peu de cette rudesse apparente qui couvre souvent la douceur intérieure de l'Allemand: «On dit pourtant que c'est vous et votre frère le cardinal qui, sous le dernier roi et après, avez fait périr nombre de personnes qui sont mortes pour leur foi?»
Alors, avec de grands soupirs: «On nous accuse de cela et de bien d'autres choses, dit Guise, mais on nous fait tort. Avant le départ, nous vous expliquerons tout cela.»
Le bon Allemand continua ses explications de dogme et entendit avec bonheur Guise, vaincu par son éloquence, s'écrier: «S'il en est ainsi, c'en est fait, je suis luthérien.»
Le cardinal de Lorraine, dont l'élément propre et naturel était le mensonge, vint à bout bien plus aisément de se démêler des ministres. Il leur disait hardiment que, dans ses Trois Évêchés, il ne souffrait plus de messe, à moins qu'il n'y eût des communiants; qu'il allait bientôt abolir le canon de la messe; qu'il fallait, non adorer, mais vénérer Jésus dans l'Eucharistie; qu'après tout il suffisait de lui faire la révérence, etc., etc. Les Allemands étaient stupéfaits.
Mais ce qui était bien doux et consolant pour Christophe, c'était de voir les progrès du néophyte François. Il luttait bien encore un peu, avait quelque scrupule; ses agitations parfois l'empêchaient de dormir la nuit. Mais sa conversion était sûre, et n'en était que plus touchante.
La chose fut menée vivement, comme le siége de Calais. Du 15 au 18 février, tout était fini. Les deux partis étaient d'accord. L'éloquence, l'aplomb, l'audace du cardinal de Lorraine, avaient tout simplifié. Le théologien Brentz crut l'embarrasser en lui disant que l'Écriture ne parle pas des cardinaux: «Eh! qu'importe cela? dit-il. Si je n'ai une robe rouge, j'en porterai une noire, et bien volontiers.»
Mais le point où il insista le plus avant de partir, ce fut le reproche d'avoir fait mourir des protestants. Il fut indigné qu'on en eût l'idée; il nia, repoussa la chose avec des serments épouvantables: «Au nom de Dieu, mon Créateur, et sur le salut de mon âme, je n'ai pas fait mourir un seul homme pour cause de religion. Loin de là, quand il s'agissait au Conseil de tels accusés, je m'excusais, je m'en allais, je les laissais au bras séculier.»
Guise fit le même serment. Les Allemands en auraient pleuré de joie: «Je suis ravi, dit Christophe, de vous entendre ainsi parler. Si vous voulez, j'en ferai part à tous mes amis d'Allemagne... Mais, je vous en prie encore, ne persécutez pas ces pauvres chrétiens.»