Elle n'avait jamais cru qu'à l'astrologie, et toujours ses astrologues lui avaient dit de se défier de Saint-Germain. Voilà pourquoi elle n'aimait guère à habiter Saint-Germain-en-Laye, ni même le Louvre sur la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois. Aussi elle bâtit, tout près, l'hôtel de Soissons (Halle au Blé), dont on voit encore la tourelle. Mais voici que ce Saint-Germain, qui devait l'enterrer, n'était pas un lieu, mais un homme. Quand elle fut très-bas, tout le monde la laissa là, et il n'y eut qu'un bon gentilhomme, Julien de Saint-Germain, homme doux et honnête, pourvu d'une abbaye, qui s'inquiéta de la vieille âme et l'assista de ses prières jusqu'à ce que cette âme s'envolât on ne sait trop où.

Il n'y avait pas à songer à la transporter à Paris, où on l'eût jetée à la voirie comme ayant fait tuer Guise. On la mit provisoirement à Saint-Sauveur de Blois. Et ce provisoire dura très-longtemps. Son fils n'eut guère le temps d'y songer, Henri IV encore moins.

Le plus désagréable, dit Pasquier, fut que, comme à Blois on n'avait pas ce qu'il fallait pour bien embaumer, ce corps sentit bientôt si mauvais dans l'église, qu'il fallut l'enlever de nuit; on le mit en terre avec les premiers venus, et, par précaution, dans un endroit dont personne ne se doutait.

Ce ne fut que vingt et un ans après que ses os furent apportés à Saint-Denis dans le splendide tombeau d'Henri II, qui est à lui seul une sorte de chapelle, et où elle s'était fait sculpter classiquement, c'est-à-dire toute nue.

Le cœur, s'il y en avait, ou si on put le retrouver, fut mis aux Célestins dans cette urne dorée qu'on voit maintenant au Louvre, soutenue par trois gentilles et moelleuses figures de Germain Pilon, qui certainement sont des portraits. Ces belles sont là chargées de figurer les trois vertus théologales, qui furent, comme on sait, dans le cœur de Catherine, la Foi, l'Espérance et la Charité.

Si l'inscription ne le disait, on verrait plutôt dans la ronde gracieuse qu'elles font en se donnant la main la danse des saisons et des heures, le chœur insouciant qu'elles mènent en se moquant de nous.

CHAPITRE XVIII
LE TERRORISME DE LA LIGUE[11]
1589

Peu avant l'événement, le jeune De Thou (l'historien), retournant de Blois à Paris et prenant congé du roi, l'attendit au passage dans un couloir obscur, où le roi l'arrêta longtemps. Longtemps il lui tint la main, comme ayant beaucoup à lui dire, et finalement ne lui dit rien, si grandes étaient son irrésolution et les perplexités de son esprit.

Mais, après l'événement, sa route était toute tracée, directe, s'il avait su la voir. Ayant tué le cardinal, il avait réellement rompu avec Rome, avec les fervents catholiques. Il devait appeler Épernon, en tirer les deux mille arquebusiers qu'il eut trop tard. Il eût imposé aux États, enfoncé dans les esprits la terreur de la mort des Guises. En un mois, il aurait eu le secours du roi de Navarre, sa vaillante cavalerie. Avec cela, il fondait sur Paris, nullement approvisionné; en huit jours, il était au Louvre, et proclamait à main armée son édit de 1576, l'édit de tolérance et de pacification. Eût-il réussi? Je ne sais. Mais il n'aurait pas tombé sans honneur.

Qui l'empêchait d'agir? Qui le liait? Sa conscience. Elle lui rendait intolérable la vue des huguenots, lui faisait croire qu'il n'y avait pas de réconciliation possible avec eux, lui rappelait qu'il était, qu'il serait éternellement l'homme de la Saint-Barthélemy.