Une singularité de cette mémorable bataille, c'est que l'infanterie française y reparaît fort nombreuse. Mais la cavalerie fit tout.

Il était dix heures du matin (13 mars 1590). Il faisait froid et mauvais. Mayenne avait eu la pluie toute la nuit. Le roi, au contraire, avait attendu, dormi, soupé dans les villages voisins.

Henri IV était (comme toujours à de tels moments) d'une gaieté merveilleuse, qui répondait de la journée. Il avait mis sur son casque un énorme panache blanc et un autre gigantesque à la tête de son cheval. Il dit:

«Si les étendards vous manquent, ralliez-vous à ce panache. Vous le trouverez toujours au chemin de la victoire.»

Cette gasconnade, un peu forte, aurait été ridicule, s'il n'avait su que les Suisses de Mayenne disaient, n'étant pas payés, qu'ils ne donneraient pas un coup.

En tête de l'armée espagnole, un moine, avec une grande croix, faisait force signes, ayant promis qu'à cette vue les ennemis se rendraient. L'artillerie le fit détaler. Celle du roi eut un effet terrible. Et, au contraire, celle de Mayenne porta peu sur les royalistes, dont le terrain était plus bas.

D'Egmont alla tête baissée, renversa tout, vint aux canons, et, par bravade, faisant tourner son cheval, donna contre eux de la croupe. Cependant la cavalerie du roi, Biron, Aumont et Givry, tombèrent sur celle d'Egmont et la détruisirent. Les reîtres ne furent guère plus heureux. Après leur charge, ils revenaient se replacer dans les rangs de Mayenne. Mais ces rangs étaient serrés. Ils y jetèrent le désordre. Le roi le vit, et, à ce moment, fondit, enfonça Mayenne et le balaya. Restaient les Suisses, qui n'avaient rien fait et qui se rendirent.

Les reîtres, seuls, furent massacrés en souvenir de leur trahison à Arques. Le roi criait: «Sauvez les Français, et main basse sur l'étranger!»

CHAPITRE XXI
SIÉGE DE PARIS
1590-1592

La mort du roi de la Ligue, du vieux cardinal de Bourbon (9 mai 1590), éclairait la situation autant que la victoire d'Ivry. La Ligue se révéla comme un parti à deux têtes, mais dont l'une, celle des Guises, allait maigrissant. La tête espagnole, au contraire, grossit, grandit, devint la seule. Le clergé, abandonnant son roman toujours avorté d'un capitaine de l'Église, se rallia franchement, nettement à l'Espagne, inscrivit sur son drapeau, comme son but et sa devise, la royauté de l'étranger.