L'Espagnol remplit tout en France. L'ambassadeur ordinaire Mendoza et son second, Ybarra; l'ambassadeur extraordinaire, le duc de Feria, voilà les rois de Paris. Nous allons les voir y frapper monnaie, gouverner et nourrir le peuple; les chaudrons des Espagnols et les sous jetés du balcon, ce sont les moyens éloquents qui convertiront la foule à la royauté de l'Inquisition.
Le légat Cajetano, envoyé par Sixte-Quint, qui le croit très-modéré, devient violent à Paris, pur instrument des Espagnols.
La mort du roi de la Ligue fut sue d'abord des personnes qu'elle intéressait le plus. La mère et la sœur de Mayenne vinrent, palpitantes, l'apprendre à l'ambassadeur Mendoza, qui leur dit froidement «qu'il fallait attendre les ordres du roi d'Espagne.» Alors, ces pauvres princesses coururent au légat, qui dit «qu'on ne pouvait rien faire sans les ordres du roi d'Espagne.»
Philippe II dut se féliciter d'avoir si mal payé ses Suisses. Il avait été battu à Ivry, mais sur le dos de Mayenne. Le Béarnais lui avait rendu le service signalé d'humilier et de ravaler le chef de la maison de Guise.
De toutes parts, la France ligueuse, dans le cours de cette année, se précipita vers l'Espagne. Et, d'elle-même, l'Espagne entrait de tous les côtés.
Le père Matthieu, un Jésuite, était venu assurer les Seize de sa haute protection.
Le frère Bazile, capucin, avait obtenu des troupes espagnoles pour le Languedoc.
Le duc de Mercœur, qui eût été le chef des Guises (à ne consulter que l'aînesse), n'agissait pas avec eux. Seul, retranché dans sa Bretagne, il ne s'adressait qu'à Philippe II, et il en reçut un très-beau secours de deux ou trois mille Espagnols.
La Gascogne le sollicitait pour en obtenir aussi, et disait que, sans cela, «les loups affamés auroient bientôt dévoré les pauvres brebis catholiques.»
Le Parlement d'Aix appela en Provence le duc de Savoie, gendre de Philippe II, et ce prince, gracieusement, se rendit à la requête avec une armée mêlée d'Espagnols et de Savoyards. Aix le reçut, mais non Marseille, qui, sous ses consuls, s'en tint à être Espagnole de cœur.