Elle avait affaire à une machine puissante qui mit le roman au confessionnal, la grande invention de Loyola: la direction.
Elle avait affaire à la faim, à l'extrême misère du peuple, naturellement dépendant du clergé, qui avait le monopole de l'aumône publique et disposait de toutes les fondations de bienfaisance.
Notez que la Réforme, en France, n'eut point du tout l'appui que celle d'Allemagne trouva dans les circonstances politiques. Nos rois, admis de bonne heure au large banquet des biens ecclésiastiques, donnant les évêchés à leurs ministres, les abbayes à leurs capitaines, et par-dessus tirant encore du clergé les dons gratuits, furent peu pressés de se faire protestants.
En Allemagne, des peuples serfs virent dans l'apparition de la Réforme une heureuse occasion d'affranchissement. Mais, en France, déjà le servage avait disparu, et par les contrats de rachat individuel, et par l'action générale des lois.
De sorte que la Réforme n'eut rien à offrir, ni les biens du clergé au roi, ni l'affranchissement au peuple.
Elle n'offrit guère que le martyre et le royaume des cieux.
De bonne heure, le protestantisme, comme la Renaissance, se réfugia à un autel, où tous croyaient voir leur salut. Il se fia à la royauté.
Une occasion le tenta. Un prince protestant devint l'héritier; le roi de Navarre devint roi de France. La réforme française oublia, devant cette tentation, ce qu'elle était: la République.
Dès ce jour, elle était perdue. Elle s'en ira, toujours baissant, jusqu'aux années des dragonnades.
Les conséquences de la paix de Vervins furent épouvantables. La France, ayant lâché pied, tout alla à la dérive. L'Europe vit bientôt s'ouvrir cette Saint-Barthélemy prolongée qu'on appelle la guerre de Trente-Ans, où les hommes apprirent à manger de la chair humaine.